Berbere Taferka

Berbere Taferka Association Berbère TAFERKA

Fonctionnement normal

25/09/2021

Fête des associations de Montreuil le 25 septembre 2021.

06/09/2021

Zeggane Dahmane chante à Taferka en décembre 1999.

29/08/2021

Réunions des associations villages pour venir en aide aux villages sinistrés.

Appel à la solidarité.
02/08/2021
Beni-Maouche (COVID19) - Leetchi.com

Appel à la solidarité.

Bienvenue sur cette cagnotte !Appel à tous les citoyens de la commune de Beni Maouche. Votre aide au profit de la polyclinique est plus que nécessaire pendant cett

15/07/2021

MI7, c'était la télévision d'informations de Montreuil.

Que celles et ceux qui aiment le théâtre d'expression kabyle et pouvant aider ce jeune groupe , leur aide sera précieuse...
19/06/2021

Que celles et ceux qui aiment le théâtre d'expression kabyle et pouvant aider ce jeune groupe , leur aide sera précieuse pour la continuité de leurs présentations et autres frais.

Que celles et ceux qui aiment le théâtre d'expression kabyle et pouvant aider ce jeune groupe , leur aide sera précieuse pour la continuité de leurs présentations et autres frais.

29/04/2021

Quelques images de Yennayer 2018.

22/04/2021

Aujourd'hui 22 avril 2021, Taferka est âgée de 23 ans. Pour cause de pandemie, l'anniversaire est passé sans tambour battant.

20/12/2020
Émission avec Karim Akouche

Lutte contre le racisme et la discrimination
200 e conférence (visioconférence ) avec l'écrivain Karim AKOUCHE autour de son dernier roman " Déflagration des sens "
L'émission commence à 17h (Alger, Paris), 11h (Montréal, NY)

Lutte contre le racisme et la discrimination 200 e conférence (visioconférence ) avec l'écrivain Karim AKOUCHE autour de...
20/12/2020

Lutte contre le racisme et la discrimination

200 e conférence (visioconférence ) avec l'écrivain Karim AKOUCHE autour de son dernier roman " Déflagration des sens "

L'émission commence à 17h (Alger, Paris), 11h (Montréal, NY)

Demain à 17h en direct sur cette page, visioconférence avec l'Ecrivain Karim Akouche.
19/12/2020

Demain à 17h en direct sur cette page, visioconférence avec l'Ecrivain Karim Akouche.

Report de la date de la visioconférence avec l'Ecrivain Karim Akouche.
13/12/2020

Report de la date de la visioconférence avec l'Ecrivain Karim Akouche.

12/12/2020
05/12/2020

24 ème assemblée générale de l'association Berbère Taferka.

Pour cause de la pandémie (Coronavirus), seuls les membres du bureau et le conseil d'administration y sont convoqués le samedi 19 décembre 2020 à 14h au siège de l'association.
Le Président

L'Association Berbère Taferka Montreuil soutien les soignants de son Hôpital André Grégoire.
28/11/2020

L'Association Berbère Taferka Montreuil soutien les soignants de son Hôpital André Grégoire.

28/11/2020
2020-2021, années de lutte contre le racisme et la discrimination.
21/10/2020

2020-2021, années de lutte contre le racisme et la discrimination.

Lutte contre le racisme.
19/10/2020

Lutte contre le racisme.

28/09/2020

26 septembre 2020, rencontre des associations de Montreuil.

28/09/2020

REPRISE DES ACTIVITES

L'association Taferka reprend ses activités samedi 03 octobre 2020 .
A savoir:
- Cours de Français 14h-16h (samedi, lundi, mercredi, voir plus).
- Cours de Kabyle 11h-16h ( samedi).
- Consultations juridiques 14h-16h ( samedi sur rendez-vous).
- Stage de danse un samedi par mois.
Les mesures contre le covid-19 seront respectées (masques, gel, distance physique).

Adresse

49 Avenue De La Résistance
Paris
93100

Téléphone

0623015362

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Commentaires

Sarobidy
Bonjour es que les étudiants sont aidés ou reçoivent des denrées alimentaire ?
Je suis là, bonjour à tous.
Algérie février 2020, récit d’un pays mouvementé L’immeuble est partagé en deux camps. D’un côté, il y a ceux qui paient leurs charges parce qu’ils considèrent que c’est normal. De l’autre, il y a ceux qui ne paient pas leurs charges parce qu’ils considèrent que c’est normal. Au milieu de la guerre des parties communes, il y a le président du syndic, mon cousin Armado. Le tout est un condensé de l’Algérie d’aujourd’hui. Le front est mouvant. J’ai la chance d’être là à un moment où il est particulièrement actif. J’ai même droit à un cycle complet avec la bataille qui vient de se terminer, l’ascenseur, une qui fait rage, la serrure de la porte de l’immeuble, et, coup de bol, un nouveau front s’est ouvert sous mes yeux, celui de la colonne montante d’eau. Un voisin y a déversé on ne sait trop quoi et l’a bouché, entraînant des reflux dans les éviers et sanitaires de « mélasse », comme ne cesse de le répéter pudiquement mon cousin pour désigner les eaux usées chargées de ce que l’on peut aisément deviner. L’immeuble est dans la « mélasse », au sens propre comme figuré. N’allez pas croire que ceux qui ne paient pas leurs charges raseraient les murs, se feraient discrets. Bien au contraire, il le revendiquent. Ou qu’ils seraient dans le besoin, avec des fins de mois difficiles. Ce n’est pas une question d’argent, c’est bien plus important, c’est une question de rang. Ils se considèrent comme des « Very Important Person » et si les « Very Important Person » se mettent à se plier aux règles que doivent respecter le commun des mortels, ce ne seraient plus des « Very Important Person », CQFD. Partant de là, leur culot est sans limite. Ils ne se contentent pas de ne pas payer les charges. Ils aménagent l’immeuble au gré de leurs besoins, quand ce n’est pas de leurs caprices. Ainsi, la Prostituée du 2 ème étage s’est construit une cuisine sur une partie de la courette intérieure de l’immeuble. Grâce à son réseau professionnel, elle a le bras long et le montre à l’occasion. Elle a fait embarquer mon cousin au commissariat, et pas en lui envoyant deux clampins, mais une armada policière, sur la consigne orale d’un magistrat. C’est le genre de détail qui font le charme de l’Algérie, son rapport particulier à la schizophrénie. Formellement, il faut un mandat d’amener, en même temps très formel en l’absence d’un Etat de Droit, et en même temps, il le faut quand même… Les flics l’ont appris à leurs dépends. Avec mon cousin Armado , ils sont tombés sur un « client ». Armado a une formation de mathématicien, sachant que c’est La marotte familiale, et d’économiste, ce qui lui est fort utile pour l’autre marotte familiale, la politique, qu’il pratique plus qu’à son tour, puisque c’est un militant depuis son plus jeune âge. Il est aujourd’hui à la retraite, et a été syndicaliste tout au long de sa carrière professionnelle. Il décide de ne pas mettre les inspecteurs de Police dans l’embarras en exigeant la présentation d’un mandat d’amener, accepte de les suivre sans discuter, mais demande à être menotté. « Y’a Baba, on ne va pas te passer les bracelets, quand même, faut pas exagérer ! » lui répondent les inspecteurs un peu perturbés par la requête. Avec le barouf qu’ont mis les forces de l’ordre, tout l’immeuble alerté est descendu à son pieds, formant naturellement une haie d’honneur à la sortie de mon cousin Armado, chaque camp s’étant spontanément regroupés, d’un côté ceux qui paient leurs charges, et de l’autre ceux qui ne les paient pas. Les flics dirigent Armado vers leur véhicule le plus confortable, celui des inspecteurs, mais il veut monter dans le fourgon, avec la troupe en uniforme mobilisée pour l’occasion. « Y’a Baba, on ne vas pas te mettre dans le panier à salade, quand même, faut pas exagérer ! ». Armado arrive au commissariat. L’inspecteur en chef est là pour lui faire passer un message, mais celui-ci n’est pas formalisé, il doit s’habiller d’un reproche, et le bât blesse. L’inspecteur est bien embêté, il n’en n’a pas vraiment. Là dessus, une Députée amie qui pèse lourd à l’Assemblée déboule pour faire libérer Armado. Elle déclenche un tel esclandre que le Commissaire apparaît et s’étonne de la présence d’Armado, de son pourquoi et de son comment. C’est là que les inspecteurs se sont pris le mandat d’amener en boomerang. On peut facilement s’en passer, la preuve, la lourde armada mobilisée inversement proportionnelle aux charges pesant sur le prévenu, mais il en faut un quand même… Les inspecteurs se font engueuler par leur Commissaire et Armado est illico presto libéré. Sur ce coup-ci, Armado l’emporte aux points. Il en faudra plus pour l’impressionner. Il faut dire que le front judiciaire est particulièrement actif. A coup de faux témoignages incroyables portés par d’improbables témoins et grâce à la complicité d’une juge, mon cousin qui est un exemple d’honnêteté, a déjà été condamné deux fois, dont une à de la prison ferme, finalement commuée en sursis, car « quand même, il faut pas exagérer ». Les contentieux de cage d’escaliers peuvent monter haut, jusqu’à la Cour Suprême même. En l’occurrence, c’est le cas, suite à une tentative de putsh d’un voisin pour s’emparer de la présidence du syndic de copropriété. En jouant de ses relations à la mairie, il a détourné un article de la loi. Manque de bol, par le plus grand des hasards, Armado a eu vent de la manœuvre et l’a faite échouer. C’est devenu un cas d’espèce qu’il appartient aux plus hauts magistrats algériens de trancher. Toujours dans le camp de ceux qui ne paient pas, il y a la Vieille du 3ème, et comme si cela ne suffisait pas, son fils occupe le 8ème. Il ne paie évidemment pas ses charges, mais joue le musulman exemplaire de par sa générosité à la mosquée, ce qui a le don d’exaspérer mon cousin. A peine un mètre sépare le palier de la Vieille de la porte de l’ascenseur et de son bouton d’appel. Pour la Vieille, s’en était déjà trop. Elle a fait poser une dérivation électrique pour avoir à domicile un bouton d’appel de l’ascenseur qu’elle ne paie pas. La dérivation a failli avoir des conséquences dramatiques. Une nuit, alors qu’il accompagnait sa femme Nadia à une cérémonie de deuil familial, une voisine appelle Armado. L’ascenseur est devenu fou, il monte et il descend sans que l’on puisse l’arrêter. La faute à la dérivation de la Vieille qui a déclenché le mécanisme sans que l’on puisse l’interrompre. C’est l’été, la température est élevée, les aller-retours mettent câbles et moteur en surchauffe, on va tout droit à l’incendie. La seule façon d’éviter la catastrophe est de couper l’alimentation électrique de l’immeuble, mais seul Armado à la clé du local qui le permet. Il rentre en catastrophe, récupère chez lui la clé du local, coupe l’électricité, et s'aperçoit que dans la précipitation, il a claqué la porte de son domicile avec tous ses effets à l’intérieur. Heureusement, sa voiture était restée ouverte. Il a pu y dormir. La dérivation est un art en Algérie. L’imagination et le sens du bricolage laissent pantois, et en carafe également. Qui dit dérivation, dit perte en ligne et Dindon de la farce. Chez Dédée, une amie algéroise d’adoption, c’est une histoire de flotte. Il y a une fuite dans les canalisations, mais elles sont inaccessibles. Par facilité d’exécution ou soucis d’économie, l’entrepreneur les a enfermé dans les murs, il faut casser en espérant tomber pas trop loin de la fuite. Il y a aussi une histoire de pression. Las d’attendre des travaux lui permettant d’en avoir suffisamment, le voisin du haut de l’immeuble a posé une dérivation lui permettant d’en récupérer… au détriment de Dédée et d’autres voisins qui en ont du coup beaucoup moins. Mais dans cet immeuble là, les rapports sont beaucoup plus pacifiés que celui de Armado . On discute, on négocie. Et on patiente. J’ai grandi à Alger, et cela fait trente-six ans que je n’y ai pas mis les pieds. Pourtant, j’ai toujours follement aimé cette ville. J’en redécouvre la beauté. Elle est magnifique. Je la contemple, je l’admire, m’en imprègne, la respire, mais ne suis pas particulièrement ému, je me sens naturellement chez moi, comme s’il n’y avait pas eu de rupture. Étrange sensation que cette absence d’émotion, trente-six ans se sont écoulés et j’ai l’impression de n’avoir jamais quitté Alger. La dernière fois que je suis venu, c’était l’été 1984. Avec Samir, un pote du lycée français d’Alger, le fabuleux lycée Descartes, nous avions convoyé depuis Paris la moto qu’il s’était acheté. Nous faisions partie de ce que l’on appelle la « Tchi-Tchi », un mélange de « filles et fils de » issus de couples algériens appartenant aux cercles dirigeants, ou enfants de couples mixtes le plus souvent franco-algériens, mais pas que, avec des parents cadres supérieurs, ou encore issus de couples franco-français de coopérants installés de longues date, voire de pieds-noirs ayant décidés de rester après l’indépendance. C’était hétéroclite, mais il y avait une conscience de classe commune, celle d’appartenir à la sphère des privilégiés. Pour ce qui me concerne, je suis un métis, à la fois par le sang, ma mère est bretonne et mon père kabyle, et la culture, puisque je possède les codes des sociétés de ces deux pays tellement ressemblant et si différents que sont la France et l’Algérie. Je suis né en Bretagne où j’ai passé ma petite-enfance, puis école primaire et collège à Alger, puis lycée à Paris où j’ai fait ma vie. En ce dernier été 1984, j’étais étudiant en 2ème année d’économie et quelques mois auparavant, à l’automne 1983, j’étais devenu un militant acharné à l’occasion de la « Marche des Beurs », porté par mon premier engagement fort, la lutte contre le racisme. Cet été-là, ma nouvelle conscience politique n’a pas supporté l’arbitraire du pays, le culte de l’égoïsme et du matérialisme. J’ai bien failli revenir par la suite à quelques occasions, mais pour diverses raisons, cela ne s’est pas fait. Et me voilà de retour, trente-six ans après. Le voyage s’est étonnamment bien passé. Air Algérie n’avait que 5 heures de re**rd. En temps normal, c’est très banal. Avec 38 % de vols en re**rd, Air Algérie détient le record mondial. Aucune compagnie aérienne internationale ne parvient à faire mieux. Mais là, il y a depuis quelques jours une grève surprise du personnel. Des vols sont annulés, c’est un peu la roulette russe, qui peut vite tourner au chaos. Air Algérie est également célèbre pour ses vidéos de passagers qui se battent entre eux. Je crains le pire. L’enregistrement de ma valise a pris moins de trois minutes, grâce à ma fille qui a eu la bonne idée de faire un pré-enregistrement via internet. Les trois cents passagers qui faisaient la queue n’ont pas de fille aussi avisée que la mienne, mais un calme et une discipline étonnante en pareilles circonstances. Il y a grève, mais ce n’est pas le chaos, et seulement 5 heures de re**rd. C’est une double performance ! l’Algérie aurait-elle changé ? Je m’étais fait tout un film de mon premier contact avec la terre d’Algérie après tant d’années passées. Je m’imaginais descendre la passerelle de l’avion et me prendre dans la poitrine l’explosion de ses parfums mélangés à l’odeur du kérosène, comme je l’avais ressenti la première fois que j’avais de nouveau posé le pied sur le sol de l’Afrique, moins de deux ans après mon dernier séjour algérien. Le soucis est qu’il n’y a plus de passerelle, mais un « hub » qui mène directement au bâtiment de l’aéroport, sans que l’on ne mette le nez dehors. J’aurais aussi bien pu être à Barcelone, Dubaï ou Stockholm... J’appréhende le passage de la douane. Pour faire face à la grève et son lot de naufragés, Air Algérie a affrété un gros porteur qui a effectué des rotations entre Paris et Alger toute la journée. Non seulement, nous sommes nombreux, mais en plus, il y a un convoi de chaises roulantes transportant des personnes âgées en plus ou moins bonne santé. L’avant de l’avion ressemble à un Ehpad. Ensuite, il y a la rencontre avec le douanier algérien. Déjà, globalement à travers le monde, la profession n’est pas vraiment réputée pour son accueil chaleureux. Il y a un tropisme professionnel pour le soupçon et l’art de la déstabilisation. Quand le douanier algérien te regarde, tu te sens coupable. Tu ne sais pas de quoi, juste que tu ne peux pas être innocent, tu as forcément quelque chose à te reprocher. Le regard du douanier algérien te l’exprime avec tellement de conviction, qu’il emporte ton adhésion, oui, tu es forcément coupable de quelque chose. Première surprise, le passage de la douane est remarquablement bien organisé. L’afflux de passagers a été anticipé, de nombreux guichets agencés en deux lignes successives pour faciliter l’écoulement sont ouverts. Deuxième surprise, les douaniers, jeunes, sont courtois et professionnels. Ca va vite. Je commence à observer l’attitude et le langage corporel de tout ce qui porte un uniforme. C’est un « marqueur » des années 70 et 80, un trait caractéristique résumé dans le langage populaire par un mot, « El Hagra ». Il n’y a pas d’équivalent en Français. L’idée est celle de l’exercice gratuit du pouvoir de domination du Fort sur le Faible, un abus avec un plaisir sadique, où l’on jouit de l’humiliation qu’on inflige. Alors qu’à l’époque, les uniformes de différents corps de sécurité traînaient leurs soupçons et leur ennui au quatre coins de l’aéroport, là, tout le monde semble bo**er. Il y a bien de-ci, de-là quelques vieux adossés « à l’ancienne » à un pilier qui observent les voyageurs comme autant de coupables potentiels, mais rien à voir avec « avant ». Mon Oncle Mokrane est venu me chercher, accompagné de son fils qu’il me semble avoir vu tout Bébé. Le temps a passé, mon oncle est huit fois grand-père. Il se félicite de mon arrivée à une heure t**dive, ce qui nous évite les embouteillages d’Alger, qualifiés d’infernaux. Il ajoute que l’on va croiser pas mal de barrages de Police, que nous devrions passer sans encombre. Ils ont un seul objectif, refouler les véhicules immatriculés en province qui voudraient accéder à la Capitale. Nous sommes jeudi soir et le lendemain est jour de grande manifestation, mais ce n’est pas elle qui inquiète les autorités au point de barricader Alger. Ce ne sera jamais que la 53ème édition, puisque depuis un an, systématiquement, tous les vendredis, les algériens manifestent leur rejet du Pouvoir. La crainte de ce dernier est pour le surlendemain, le samedi 22 février, date anniversaire du premier déferlement populaire dans les rues d’Alger, prenant tout le monde de court, à commencer par ses propres participants. Une semaine auparavant, la colère du peuple contre un cinquième mandat d’un président grabataire s’était déjà exprimée une première fois en province. La détonation a conduit à une explosion dans un pays décrit jusque là comme politiquement anesthésié. Il faut dire que le Pouvoir a fait fort, il fallait oser. Un excès de confiance dans son impunité, un grand classique en politique. Quand j’ai vu les images de dignitaires du parti du régime se prosterner devant une affiche avec une photo à l’échelle du président candidat à sa propre succession, je me suis dit qu’ils avaient franchi la ligne rouge en jouant avec un truc avec lequel les algériens ne rigolent pas, leur dignité. Ca n’a pas loupé, ça a pété. Les algériens sont réputés pour être excessifs, ils l’ont été dans la violence avec une terrible guerre civile, et dans le « je m’en foutisme » généralisé dans l’espace public, le mouvement de révolte populaire, le « Hirak », clame son pacifisme et fait du civisme une vertu. Après chaque manifestation, les manifestants nettoient la rue parce qu’ils l’ont vu faire par les japonais, et que le Japon est parmi les pays les plus propres au monde. Ils veulent être exemplaires, comme un contre-pied en forme de bras d’honneur au Pouvoir, qui lui l’est si peu.. La propreté, voilà un autre truc qui me frappe. Avec la ritournelle « c’est pire qu’avant », je m’attendais à trouver une ville extrêmement sale, puisqu’elle l’était déjà pas mal, à l’époque. Ce n’est pas le cas, elle est beaucoup plus propre, au point que j’en conçoive une certaine frustration, celle de ne pouvoir respirer la puanteur si caractéristique du pot-pourri algérois, un mélange d’ordures ménagères qui exhale toutes ses nuances grâce à la chaleur, de bitume fondant et d’odeur de gaz de pots d’échappement de voitures. A mon grand désespoir, malgré quelques excursions dans des endroits aussi propices que les marchés de fruits et légumes, point de pot-pourri. Même chose pour un monument de puanteur célèbre dans toute l’Algérie, l’oued El Harrach. Il est sur la route qui mène de l’aéroport au centre-ville. C’est censé être une rivière quand il y a des pluies ou à la fonte des neiges dans l’arrière-pays, et un ruisseau le reste du temps. En fait, c’est un égout à ciel ouvert. C’était, devrais-je dire. Il a vraiment perdu de sa superbe. J’attendais ce moment autrefois si redouté où il fallait couper sa respiration pour survivre au passage de l’oued, après l’avoir réduite à son approche jusqu’à ce que l’air devienne réellement irrespirable, puis de la reprendre progressivement, au fur et à mesure que s’atténuait l’odeur pestilentielle. Je guette les signes avant-coureur du passage tant appréhendé et perçoit une vague effluve. Je demande à mon oncle si on approche de l’oued, il me réponds que l’on vient de le passer. Un monument de l’Algérie a disparu. J’ai prévu d’aller aux deux manifestations devenues un rituel hebdomadaire, celle du vendredi qui rassemble toute la population et celle du mardi organisée par les étudiants pour maintenir la pression tout au long de la semaine, et à l’exceptionnelle, celle du samedi qui marquera l’anniversaire du « Hirak ». Dans les années 70, dans un accès identitaire censé affirmer le caractère musulman du pays, le Pouvoir a décidé que le week-end ne serait plus le samedi et le dimanche, mais le jeudi et le vendredi. Comme le reste du monde a continué à prendre son week-end le samedi et le dimanche, les échanges de l’Algérie avec l’extérieur se sont réduit au lundi, mardi et mercredi. C’est peu. Ils ont légèrement rectifié le tir, puisqu’ils sont passé au vendredi et samedi comme jours de week-end. Le vendredi, les choses sont bien rodées. Les manifestant attendent la sortie de la grande prière de la mi-journée, vers 13 heures, pour converger vers le centre-ville. En France, c’est comme si la messe du dimanche matin donnait le coup d’envoi pour aller manifester. Il n’y a pas vraiment de cortège, et ce n’est pas pour autant un rassemblement. Plutôt une vaste déambulation en famille ou entre amis, fendue de temps en temps par des cortèges formés dans les quartiers populaires qui se croisent tout le long de l’après-midi sur l’équivalent des Champs-Elysée algérois, la rue Didouche Mourad. Le Pouvoir a d’ailleurs tenté de banaliser cette manifestation hebdomadaire en une sortie dominicale familiale, comme on le ferait dans un centre commercial. La réponse cinglante de la rue est le slogan du jour, « On n’est pas là pour faire la fête, mais pour vous virer ! ». Il en côtoie d’autres aussi directs, « Démocratia, Démocratia », « Pouvoir civil, Pouvoir civil », « Etat de Droit », « Les généraux à la poubelle », scandés mais aussi déclinés en de multiples chansons puissamment poussées et reprises par des milliers de poitrines. Elles expriment la détermination sans faille des manifestants. La force d’une manifestation, ce n’est pas seulement le nombre de participants que l’on aligneraient comme des petits bâtons, c’est aussi son intensité, son esprit. Est-elle combative ? Dégage-t-elle de l’énergie, de celle que produit une communion entre les manifestants ? Ou est-ce une queue de comète, un baroud d’honneur, les derniers feux que l’on exprime, alors que l’on n’y croit plus, que l’on sent bien que ce qui unissait se délite, qu’on est sur la fin? En cette veille d’anniversaire, la réponse est sans ambage, la lutte continue et ne s’achèvera qu’avec l’avènement d’une « nouvelle Algérie », et celle-ci ne fait aucun doute, car le Pouvoir est privé de son principal atout, le recours à la force, la répression violente et brutale. La mémoire de la guerre civile pèse. L’officier qui donnerait l’ordre de tirer risquerait de se faire buter par ses subordonnés. Mon cousin Armado et sa femme Nadia tendent l’oreille, à l’écoute des nouveaux slogans et des nouvelles chansons. Ils m’expliquent que chaque vendredi apporte son lot de créations, plus ou moins inspirées de l’actualité de la semaine. Là où il y a des escaliers qui peuvent servir de gradins, des cercles se forment pour chanter l’aspiration à la liberté et à la démocratie, quand elles ne moquent pas le Pouvoir et ses généraux. Elles sont reprises par la foule au gré des cortèges qui passent. Quand elles montent crescendo, elles atteignent une puissance qui vous emporte, la charge émotive est incroyablement forte. Il y a une ferveur, une communion, une détermination, une unité presque palpables. De façon évidente, ce vendredi est une répétition générale, une mise en jambe pour préparer le lendemain. Je me pose la question de l’horaire et de l’organisation. Comme le samedi, il n’y a pas de grande prière du vendredi, quand et comment se lanceraient le début des festivités ? Je dois être le seul algérois à m’être posé la question, les gens l’ont naturellement démarrée une fois leur petit-déjeuner expédié. Du balcon de l’appartement où je suis qui domine le centre-ville, j’entends dès neuf heures du matin les premières clameurs des cortèges qui se sont formés dans les quartiers populaires de l’Est d’Alger et qui convergent vers son centre. A onze heures, la rue Didouche Mourad est noire de monde, avec un flux descendant du haut de la rue barrée par un cordon de Police vers la Grande Poste également cernée par les forces de l’ordre, et un flux montant à l’inverse. En bloquant le haut de la rue, les CRS locaux veulent empêcher les manifestants de se rendre au Palais Présidentiel. Le déploiement de force est impressionnant. Tout au long des deux à trois kilomètres qui séparent la Grande Poste du barrage policier du haut de la rue Didouche Mourad, des camions canon-à-eau sont positionnés en appui des pelotons de CRS. Il y a un trou dans leur pyramide des âges. La troupe est jeune, aux alentours de vingt-cinq ans. Chaque peloton est dirigé par une caricature de sergent-chef quinquagénaire, à l’allure sportive et à la mine sévère. On dirait des clones de Clint Eastwood en sous-officier instructeur des « Marines », le corps d’élite de l’armée américaine. Entre les deux, rien, à peine quelques trentenaires, pas un quadragénaire. Autant les sous-off regardent les manifestants avec une certaine morgue, on sent bien que certains se disent « je te nettoierais bien tout ça en deux temps, trois mouvements », autant leurs jeunes hommes ont des expressions plutôt avenantes, un peu comme des enfants découvrant un spectacle divertissant. Ils sont dans la retenue, ne sourient pas ostensiblement, mais on sent leur empathie pour le mouvement. Je remonte au niveau du barrage policier du haut de la rue Didouche Mourad. Il est juste au-dessus d’un angle de rue où se trouve le siège d’un parti politique de premier plan, le RCD. Le carrefour est un embouteillage de cortèges. Il y a celui qui remonte de la Grande Poste qui télescope celui qui remonte de la rue adjacente depuis les quartiers populaires du Sud et de l’Est de la Capitale. La foule se densifie et pèse sur le cordon de CRS, pourtant constitué d’une bonne dizaine de rangs compacts. Ils sont aussi bien équipés que leurs collègues français. Je suis à l’angle et je décide de me mettre légèrement en retrait, derrière une voiture en stationnement. Je crains le mouvement de foule, avec le risque d’être piétiné en cas de chute. A peine me suis-je positionné à l’abri d’un véhicule, que le canon à eau entre action. Ce n’est pas vraiment une salve qui aurait balayé les gens, plutôt une petite sommation, un double « pschit-pschit », rapide et léger, destiné à éparpiller les rangs un peu reculés des manifestant, ce qui mécaniquement soulage la pression qu’exercent leurs premiers rangs sur le cordon de CRS. Avant de comprendre le but de la manœuvre, j’ai flippé. En France, quand on actionne le canon à eau, c’est pour faire place nette à la charge qui s’ensuit. La foule est tellement dense que s’il vient à l’idée d’un flic de balancer une gr***de lacrymogène, ça va partir dans tous les sens, avec probabilité de morts à la clés. Fort heureusement, il n’en n'est rien. Comme par magie, une forme d’intelligence collective s’est manifestée. Les cortèges remontant de la rue adjacente ont purement et simplement tourné les talons, mettant fin à la collision de cortèges au niveau du barrage policier, permettant ainsi au trop plein de manifestants de s’écouler et d’éviter la confrontation avec les forces de l’ordre. Il a fallu rattraper par le col quelques jeunes des quartiers populaires chauds pour en découdre, prêts à monter à l’assaut du cordon de CRS. « Silmia ! Silmia ! », scande la foule, « Pacifique ! Pacifique ! ». Toute la journée, les algériens par dizaine de milliers vont déambuler, chanter, discuter, photographier et filmer le tout pour le diffuser massivement sur les réseaux sociaux. Il ne me reste que la manifestation du mardi à faire, celle des étudiants. Entre-temps, je croise mon cousin Armado qui s'affaire sur la serrure de la porte de l’immeuble. Je n’ai pas tout compris à la guerre de la serrure. Il n’y en avait pas, tout le monde en veut une, une première a été posé et de suite arraché par un voisin qui n’avait pas la clé. La distribution des clés ressemble à une négociation israélo-palestinienne. On ne peut pas remettre leur clé à ceux qui ne paient pas leurs charges en toute simplicité, comme si de rien n’était, ce serait les encourager à persévérer. Sauf qu’on ne peut pas non plus les en priver, puisque ça les conduiraient à vandaliser la nouvelle installation. Il faut donc leur faire parvenir leur clé par des biais compliqués et détournés, pour qu’ils comprennent l’anormalité de la situation, recevoir une clé pour une serrure que l’on ne paie pas. Il y a un problème d’adaptation de la serrure à la porte, il faut amener un serrurier pour faire du sur-mesure. « Ce pays a supprimé la notion de norme », grommelle un brin fataliste Armado . Il me rapporte qu’à l’époque où il était encore en activité, il a assisté au compte-rendu d’un expert polonais mandaté pour mener un audit sur la sécurité des installations industrielles algériennes. Constatant que l’une d’elle qui avait 99 % de chance d’exploser n’explosait pas, il avait conclu son propos en disant « Depuis que je suis en Algérie, je crois en l’existence de Dieu ». Je demande à mon cousin si dans la foulée de l’audit, des travaux de sécurisation ont été effectué. « Tu parles ! » me répond-il, « Ils préfèrent la Main de Dieu à la maintenance, c’est moins cher et ça demande moins d’effort ». La manifestation du mardi se singularise des deux précédentes. Il y a un point de départ, un horaire de rendez-vous, un trajet prédéterminé et un point d’arrivée où un ordre de dispersion est donné. Incroyable. Ce rendez-vous hebdomadaire des étudiants est aussi celui de tous les activistes et militants associatifs, ainsi que celui des journalistes indépendants et des intellectuels engagés. Pour le coup, la manifestation prend l’allure d’une amicale d’anciens taulards. Je suis avec Hakim Addad, un vieux pote de mes jeunes années militantes à SOS Racisme à ses débuts. Comme moi, il a grandi entre la France et l’Algérie. Il y est retourné au moment de la première grosse bouffée de fièvre de la jeunesse algérienne pour sa liberté, en 1988. Les jeunes sont spontanément descendus dans la rue pour la réclamer, ça a tourné à l’émeute, l’armée a tiré à balles réelles. Plusieurs centaines de morts, un bon millier de blessés et autant d’arrestations. Histoire de briser mentalement les contestataires tout en joignant l’utile à l’agréable, les gardiens de la prison d’El Harrach où se sont retrouvés la plupart des jeunes arrêtés, ont ouvert un atelier de sodomisation. Beaucoup de détenus y sont passés, et les gardiens l’ont fait savoir dans tout Alger. Certains matons violeurs ont signé leur crime d’un coup de rasoir aux fesses de leurs victimes. Comme une marque au fer rouge, la balafre indiquerait à tous ceux qui croiseraient le fessier, les futures épouses, les personnels de santé, les collègues des forces de répression à l’occasion d’une nouvelle arrestation, que la zone avait été défrichée. Le mouvement a été brisé net, mais son souffle à porté, le Pouvoir a lâché du lest sur la liberté d’expression et d’organisation, avant de tirer le rideau suite à la victoire des islamistes aux premières élections, en 1990. L’armée a décrété l’État d’urgence, quelques semaines plus t**d, un dépôt d’armes de la Marine à l’Amirauté d’Alger était pillé par deux déserteurs islamistes, faisant au passage le premier mort d’une longue liste, la sentinelle, un jeune appelé, donnant ainsi le signal de départ d’une terrible guerre civile d’une douzaine d’année. Dans la foulée des émeutes de 1988, Hakim a créé une association, RAJ pour Rassemblement Algérien de la Jeunesse, et est devenu un activiste reconnu, tant et si bien qu’il s’est retrouvé en taule en octobre dernier. A l’approche de l’élection présidentielle qui s’est tenue au mois de décembre, le Pouvoir a mis plusieurs centaines de militants pour la démocratie au placard. Le scrutin est passé, l’homme fort du pays à son instigation et ordonnateur des arrestations, l'octogénaire Général Gaïd Saleh, est décédé d’une crise cardiaque dans sa foulée. Le Pouvoir a commencé à libérer par vagues successives les prisonniers politiques, tout en leur maintenant une épée de Damoclès au-dessus de la tête par le biais d’un procès aux fesses. Psychologiquement, ça leur pèse lourdement. Les ex-taulards échangent des nouvelles de leurs procédures respectives, comme on le fait couramment pour les questions de santé. « Ils ont reporté mon procès, et toi ? », « On est passé, c’est en délibéré ». On échange des informations sur celles des amis et connaissances, « Tu sais que Sidi Machin a pris six mois ferme ? », ce qui ne l’empêche pas d’être présent à la manif, puisqu’il a fait appel de sa peine et que cela en suspend l’exécution. Des astuces aussi, « Essaie de passer un mercredi, le juge du mercredi est plus cool », sachant que la juge du jeudi à l’air dans le viseur de tous les opposants, toutes couleurs politiques confondues. « Toutes couleurs confondues », cela comprend les islamistes. Les prisonniers politiques ne sont pas regroupés par affinités partisanes. C’est la loterie. Une fraternité de taulards se crée avec les gens avec qui vous partagez un espace sans intimité, mais aussi les ressources, la nourriture apportée par les familles, les ci******es, et plein d’autre choses. L’épreuve de privation de liberté est moralement rude, des liens humains se forgent pour se soutenir mutuellement, par-delà les différends politiques. Dès nos retrouvailles, j’ai interrogé Hakim sur la prison d’El Harrach. Les temps ont changé, je savais qu’il n’avait pas subi de violences physiques. Il m’explique rapidement les conditions d’incarcération. Les militants les plus capés et connus sont regroupés à deux ou trois, parfois quatre par cellule. Les jeunes militants, ou ceux qui se sont fait arrêter pour avoir arboré un emblème berbère, ou qui ont un peu trop traîné à discuter en fin de manifestation, sont versés chez les prisonniers de Droit Commun, dans d’immenses cellules pouvant accueillir jusqu’à 90 personnes. Je lui demande si la bouffe est bonne. Il se marre, « J’étais sûr que tu allais me poser la question, elle est dégueulasse parce qu’elle n’a aucun goût ». Personnellement, je trouve que « aucun goût » dans l’échelle de la bouffe dégueulasse, ce n’est pas si mal, puisque ce n’est donc pas mauvais, ou immangeable. Hakim ajoute, « sauf quand il y a Shakira ou Beyoncé ». Je ne comprends pas. Les deux plus grandes stars de la chanson américaine serviraient à manger aux taulards algériens ? Pas exactement m’explique Hakim, Shakira désigne les « loubias », autrement dit les haricots-cocos, et Beyoncé les lentilles, les deux plats préférés des prisonniers. La vie en prison est rythmée par les visites des familles et des avocats. Ca n’arrête pas, les détenus n’en pouvaient plus, heureusement que le samedi après-midi qui correspond à notre dimanche est « off », pas de visite, ce qui permet de souffler. Les avocats ont la possibilité de s’auto-mandater. Défendre un détenu un peu renommé est une bonne façon de se faire de la publicité. Il y a une sorte d’échange de bons procédés, l’accusé ne récuse pas l’avocat qui s’est auto-saisi, et celui-ci le défend gratuitement. C’est ainsi qu’un leader en vue est défendu par une bonne soixantaine d’avocat. Son procès est prévu pour bientôt, les seules plaidoiries de la défense avec les avocats qui vont tour à tour défiler, ajouter à celle de l’accusé qui va profiter de la tribune que lui offre la justice, devraient durer une bonne quinzaine d’heure, et démarrer vers huit heure du matin pour s’achever t**d dans la soirée. Le leader en question est une figure montante, dont je n’ai entendu que du bien, jusqu’à ce que je tombe sur des militantes féministes. Avant qu’elles ne lui balancent une volée de bois vert, il avait suscité une première polémique entre activistes rassemblés autour d’une table en terrasse d’un grand café. Il s’est fait filmer en train de faire ses ablutions, la toilette que l’on effectue avant la prière. Il est issu de la gauche laïque, ce qu’exploite le régime en sourdine pour jeter un doute sur sa foi musulmane. Une partie de la tablée considère que c’est un coup de communication politique de bonne guerre. L’autre partie est vent debout, arguant que compte tenu de l’histoire récente du pays, il y a une ligne rouge à ne pas franchir, mélanger religion et politique. Le leader est dans la ligne de mire des féministes pour avoir déclaré que lui vivant, jamais sa femme ne travaillerait, sa place étant à la maison, derrière ses fourneaux, ou à torcher leurs enfants. Autant vous dire que les militantes l’ont à travers la gorge. Depuis qu’il est emprisonné, il utilise sa femme comme porte-parole. Celle-ci s’est prise au jeu et s’épanouit. Autrefois réservée et en retrait, elle apprécie d’être sous les projecteurs, ses tenues vestimentaires ont évolué pour mieux valoriser sa féminité, et elle met maintenant du rouge-à-lèvres. Quand il sortira de prison, le leader trouvera la révolution jusque dans sa propre maison. Les féministes se délectent par avance. Hakim me dit que le ballet permanent des avocats des détenus politiques met sous tensions les « Droit commun ». Eux paient cher des avocats qu’ils voient tous les trente-six du mois, pour s’entendre dire « ça avance », avant de se voir présenter une facture d’honoraires. Leur dossier avance peut-être, mais en attendant, eux font du sur-place en prison. Nous retrouvons Ahcène, jeune militant de RAJ qu’Hakim a pris sous son aile, tant et si bien qu’il s’est également retrouvé en taule avec lui, mais dans une des grandes cellules des « Droit commun ». Il est tellement actif depuis qu’il a été libéré qu’il n’a pu achever la série de Netflix qu’il a entamé lorsqu’il était emprisonné. Je tique. Netflix ? Vous aviez la télévision en prison, avec Netflix en prime ? « Bien sûr ! » me répondent-ils en choeur, étonnés que je sois surpris. Toutes les cellules en sont équipées, y compris celles accueillant jusqu’à 90 prisonniers, parmi lesquels un responsable de la télécommande est désigné. Dès lors, il suffit qu’un détenu fournisse des codes d’accès pour Netflix ou d’autres plate-formes, et tout le monde en profite. Au train où vont les choses, la prison d’El Harrach autrefois si redoutée va bientôt faire figure de village du Club Med… Hakim m’explique que le principal souci des gardiens est d’avoir la paix. Si tu restes dans le cadre, assez peu contraignant, tout se passe bien. Le Cannabis circule facilement, la seule règle à respecter étant de fumer à l’extérieur, lors des promenades, à cause de l’odeur. A défaut de Cannabis, l’administration pénitentiaire distribue généreusement des cachets à qui veut en prendre. A leur sortie, beaucoup de taulards sont accrocs. Ce doit être des opioïdes, contenant des opiacés, le principe actif de la morphine, l’opium et l’héroïne. Tout n’est cependant pas rose. Des détenus de Droit commun qui n’arrivent pas à se faire entendre par la direction de la prison font remonter leurs messages en s’auto-mutilant. Ils bricolent un objet tranchant, avalent deux ou trois cachets, et se lacèrent jusqu’au sang, parfois à la limite de l’hémorragie générale. Ils en gardent les stigmates, des scarifications qui témoignent de tous les messages qu’ils ont dû faire passer. D’autres entament des grèves de la faim. L’administration pénitentiaire est responsable de l’intégrité physique des détenus et réagit avant que l’état de santé du gréviste ne se détériore réellement. Ainsi, si un tribunal vous élargit à 23h, l’administration de la prison se débrouillera pour que vous quittiez les lieux au plus t**d à minuit tapante pour ne pas avoir à assumer la responsabilité du prisonnier une journée supplémentaire. Je n’oublie pas que je suis à Alger pour la succession de mon père, la « Fredha » en Droit musulman. Il a fallu que je fasse mes papiers algériens. J’aurais pu effectuer les démarches sous ma nationalité française, mais cela aurait tout compliqué. J’ai dû ensuite rassembler les pièces nécessaires à la succession elle-même, avec l’impératif de prouver que mon père n’avait d’autres enfants que ceux officiellement déclarés, en l’occurrence ma sœur et moi, et que c’était aussi le cas de mon frère décédé sans descendant. On ne peut pas dire que c'était le parcours du combattant, plutôt un long cheminement fastidieux. J’en vois le bout, mais n’ose y croire. L’Algérie est un feuilleton à rebondissement. On croit que c’est la fin, et il y a un truc qui donne lieu à un nouvel épisode. Normalement, le rendez-vous chez le notaire doit clore l’affaire, mais je me suis préparé psychologiquement à ce que ce ne soit pas le cas. L’étude notariale est dans un quartier sur les hauteurs d’Alger. Il faut une bonne vingtaine de minutes pour s’y rendre, accompagné de mon oncle Mokrane et de mon cousin Armado qui ont accepté de me servir de témoins, afin d’assurer qu’aucun héritier de mon père n’a été oublié. Anticipant les légendaires embouteillages algérois, mon oncle impose de prendre une marge d’une heure. Résultat, nous sommes arrivés avec près d’une heure d’avance, comme si les embouteillages se refusaient à moi. La circulation automobile est un sujet de conversation inépuisable pour les algérois, mais aussi de frictions, d’insultes et de bagarres. Enfin, ça, c’était avant. Même les coups de klaxon manquent d’agressivité, de conviction, ont l’air de pure forme. Certes, sur les grosses artères le flot de véhicules s’écoule lentement, mais s’écoule quand même. Je songe à nombre de situations que j’ai vues et qui, avant, auraient dégénérées. Je fais la réflexion à voix haute, de temps à autres, m’attirant à chaque fois la même réponse, « Malik, il y a à peine plus d’un an, la situation que tu décris aurait effectivement dégénéré. C’est un effet du « Hirak », les gens sont plus apaisés ». J’ai fait mes trois manifs au programme et réglé la Fredha de mon père, se pose la question de se balader en dehors d’Alger. Monter en Kabylie n’entrait pas vraiment dans mes plans. Enfants, nous y avions souvent passé des vacances, ou les grandes fêtes familiales, comme l’Aïd-el-Kébir, mais mes attaches sont surtout algéroises. Mon cousin Chafik va m’y décider. C’est une pointure internationale du Design, basé à Paris. Il est venu faire découvrir l’Algérie à ses deux plus jeunes filles, et ne pouvait repartir sans faire un petit tour de « Hirak ». Il revient de Kabylie et me raconte ce que son frère Kamel est en train d’y créer. Il me parle entre autre de son projet de remettre au goût du jour les anciens sentiers de traverse qui reliaient à dos d’âne ou de cheval les villages entre eux. Il veut réduire ainsi l’isolement des personnes âgées en recréant des liens distendus ou rompus. Je trouve la démarche séduisante. Kamel est couturier de métier, et de haut-vol, puisqu’il a longtemps travaillé dans la Haute-Couture, avec les plus grands créateurs parisiens. En fait, c’est surtout un artiste. Autodidacte depuis toujours, il est extrêmement habile de ses mains et doté d’une imagination sans limite. Il a repris la maison du Grand-Père, plus résidence secondaire que ferme, a acheté des chevaux alors qu’il n’y connaît rien, un âne, un chien, des poules, recueilli quelques chats errants, a installé des ruches à abeilles, fourmille de mille idées pour développer ce qu’il faut bien qualifier d’écosystème. C’est un écologiste engagé, il veut mettre en place une filière de collecte des déchets plastiques et en aluminium, ainsi que leur recyclage, grâce à l’acquisition de machines pour transformer le plastique en billes réutilisables et compacter les canettes. Il a l’ambition d’inculquer les bonnes pratiques par l’exemplarité, l’éducation des enfants, et l’économie circulaire et solidaire. Tout fonctionne sur l’échange de services et le troc. Et ça marche du feu de Dieu. Kamel ne tarit pas d’éloge sur la jeune génération, « ils sont intelligents, bien éduqués, ils ont un coeur gros comme ça, sont avides d’apprendre et on envie de bo**er. Malik, je te le dis, il n’y a qu’un seul mot d’ordre : place aux jeunes ! Les vieux cons rassis, au rencard ». Kamel a toujours été un peu excessif, mais il sent bien les choses et les gens, grâce à sa sensibilité artistique. L’écologie et le changement climatique, quelle place occupent-t-ils dans les préoccupations des algériens ? Avant mon voyage, je me posais la question pour ce qui est une plaie dans toute l’Afrique, les sacs plastiques. Ce dérivé de la pétrochimie ne coûte rien à produire et les commerçants africains mettent un point d’honneur à en distribuer à tire-larigot. On les retrouve partout, jusque dans les estomacs des animaux, ils obstruent les réseaux d’évacuation des eaux ce qui cause des inondations chargées de « mélasse » à la moindre forte pluie. Ils polluent de magnifiques paysages perdus pour le tourisme. J’en parle à mon cousin Armado. Il sourit. Il y a peu, il s’est fait interpeller par une jeune fille parce qu’il sortait de chez un commerçant avec huit sacs plastiques. Pour se défendre, il a rétorqué que c’était bien pratique. Certes, a reconnu la jeune fille, mais pourquoi en avoir huit, là où un ou deux suffiraient ? Mon cousin, un peu honteux, n’a pu qu'acquiescer. Je n’avais pas vu le problème des canettes. Il y a celles des sodas, mais surtout des bières. On boit en cachette de la famille, donc rarement à la maison, et souvent entre amis, les canettes sont balancées dans la nature, parfois dans un sac plastique, alors que l’aluminium est à cent pour cent recyclable. A Alger, les magasins de vente d’alcool sont aussi discrets que s’ils étaient à Chicago au temps de la prohibition. Pas d’enseigne à l’extérieur, on les repère au va-et-vient incessant dans une ambiance de semi-clandestinité. En Kabylie, au contraire, ils s’affichent à coup de logo de grandes marques internationales de bière, un peu comme des banderoles qui diraient « Ici, vous êtes en zone libre ». Autre surprise du voyage, la météo. A Alger, en février, elle tourne normalement autour de dix-huit degrés et le ciel est souvent couvert. Là, il est d’un bleu éclatant, sans un nuage, et la température monte allègrement à vingt-quatre degré, avec des pointes à vingt-six. Seule la fraîcheur du soir rappelle que nous sommes en hiver. Je m’en ouvre à divers interlocuteurs. A chaque fois, les mines s’assombrissent et la même phrase est prononcée sur un ton mi-fataliste, mi-préoccupé, « Pourvu que nous n’ayons pas de sécheresse cet été ». Pour l’instant, la principale préoccupation des algériens est l’avènement d’une véritable démocratie fondée sur un Etat de Droit, mais mon instinct me dit que les jeunes ne resteront pas en marge du mouvement mondial de la jeunesse contre le réchauffement climatique. Je sens que la préoccupation écologique travaille la société, mais que cela reste souterrain. Pour l’instant. Un autre écho du monde parvient à Alger, celui du Coronavirus. Les algériens sont hyper-connectés au reste de la planète, se mettent à son diapason, suivent son tempo, et là, il y a comme un effet de sidération. Ils se doutent bien qu’ils ne sont pas à l’abri, mais veulent y croire quand même. Ils s’interrogent surtout sur la capacité des autorités à le détecter, et sur le parti que le Pouvoir pourrait en tirer. Un premier cas est testé positif, un italien dés son arrivée. Tout le monde est soulagé. Non seulement l’Algérie détient des test, mais il y a en plus des médecins avisés pour les utiliser. Ça fait deux bonnes nouvelles. Les épidémiologistes disent que quand une population est infecté à hauteur de 70%, elle développe une immunité du même ordre de grandeur qui prive le virus de nouveaux réservoirs sains pour continuer de proliférer. Il s’éteint de lui-même. Compte tenu de la pyramide des âges, 70% de la population algérienne a moins de quarante ans, le virus devrait être beaucoup plus facile à neutraliser qu’en Europe, pourvu que l’on protège les personnes âgées et celles à la santé déjà fragile. L’attention aux autres que porte en lui le « Hirak » va subir un gros test. Mon séjour touche à sa fin. Je sais que je reviendrai, même si je ne sais pas quand, comment et pour faire quoi. Soutenir Kamel dans ses projets aurait du sens, bien que je craigne n’être qu’un piètre paysan, ou encore ce que je sais faire de mieux, ce pour quoi on me prête un certain talent, de la politique. En faire en Algérie ne m’a jamais effleuré l’esprit. Là, j’avoue que cela m’a démangé. Je me suis malgré tout tenu au rôle que je me suis assigné, celui d’un observateur à l’écoute et dans le questionnement, qui se garde bien d’énoncer des conclusions et de tracer des perspectives, ce qui ne m’empêche pas d’y penser. Le rejet des institutions est massif et englobe les corps intermédiaires, comme les syndicats officiels et autres associations liées au Pouvoir. Mais un pays ne peut vivre sans instituions, et il est compliqué de virer tout le monde du jour au lendemain, d’autant qu’il serait difficile de savoir à quel étage s’arrêter, puisque de fait ce système n’aurait pas perduré si longtemps si chacune et chacun n’y avaient pas peu ou prou participé. Personne n’est vraiment « blanc-blanc ». Les comportements de prédation, de corruption, de passe-droit, d’abus, de détournement de fonds, ne sont pas l’apanage des puissants et du sommet, ils ont ruisselé à tous les étages, ou plutôt gangrené la société au point de devenir la norme. Dans un pays dont l’économie est dirigée par l’État, rares sont les fortunes qui ne se soient pas construites sur la corruption et la prédation, ce que nul n’ignore. Avant, car il y a bien un avant, ceux qui affichaient le fruit de leur réussite construite au détriment de l’intérêt général étaient enviés. On ne se disait pas « Quel sale voleur ! », mais « Qu’il est malin celui-là, si seulement je pouvais faire pareil »… Aujourd’hui, le même est profondément méprisé. C’est en cela que le peuple algérien a d’ores et déjà gagné, que rien ne sera plus jamais comme avant, quand bien même le Pouvoir s’accroche aux branches en coupant parmi les siennes. La victoire du peuple algérien est une victoire sur lui-même, et celle-ci est acquise. C’est grâce à elle que depuis un an, sans se lasser, sans s’énerver, sans céder aux provocations du Pouvoir, il affirme sa force tranquille, sa foi dans sa victoire finale, inéluctable. La seule question qui se pose est celle de sa transcription politique à court terme. Quelle voie emprunter pour parvenir le plus vite possible à une démocratie fondé sur un Etat de Droit ? Une partie des algériens sont obnubilé par la rédaction d’une nouvelle Constitution. Ils sacralisent le texte, comme s’il pouvait suffire à garantir les libertés individuelles ou l’indépendance de la Justice. Une Constitution d’un pays qui n’est pas assis sur un Etat de Droit, ce ne sont que des mots qui pèsent moins que l’encre qui a servi à les écrire. Le mot fondateur de l’Algérie contemporaine, « Istiqlal », «Indépendance », n’a-t-il pas tellement été dévoyé par le Pouvoir qu’en ce 22 février 2020, cinquante-huit ans après le départ de la France, la foule le scandait à l’adresse des généraux de l’armée qui s’est battu pour l’obtenir ? Pour que la Constitution ne soit pas qu’un bout de papier, il faut re-légitimer les institutions en s’assurant qu’elles exercent leurs fonctions sous le contrôle de la souveraineté populaire, et le lieu institutionnelle de l’expression de celle-ci est l’Assemblée des représentants du peuple que sont les députés. Autant que la réforme constitutionnelle, l’organisation des élections législatives est une priorité, avec une question-clé, la loi électorale qui définit les règles du jeu, notamment le mode de scrutin. Actuellement, c’est un mode majoritaire qui biaise le résultat, et donc la représentativité de l’assemblée issue des urnes. Il sur-représente les principales forces, au détriment de plus faibles, qui peuvent pourtant peser lourd dans l’électorat. La France, qui fonctionne sur ce mode de scrutin, en est un bel exemple, avec un Rassemblement National ex-Front National qui attire les suffrages de vingt pour cent de l’électorat et est quasi absent de la représentation nationale à l’Assemblée. L’idéal serait que l’opposition s’accorde sur quelques principes fondamentaux à inscrire dans la Constitution, et sur un mode de scrutin à la proportionnelle avec un seuil minimum d’éligibilité, conjugué à une obligation d’implantation sur une part conséquente du territoire. Le soucis est qu’une partie des démocrates craint que la proportionnelle avantage les islamistes. C’est un risque, il faut l’accepter. Il est moindre que celui de pervertir la démocratie en biaisant la représentativité de l’Assemblée. L’exemple de la Tunisie qui, cahin-caha, approfondit la démocratie et installe l’État de Droit avec un électorat islamiste qui pèse plus d’un tiers des voix, montre que c’est possible. On verra. Quoiqu’il arrive, il n’y aura pas de retour en arrière. Je repense aux commentaires des journalistes et chroniqueurs français dans la semaine qui a précédée l’anniversaire du 22 février, et des questions qu’ils se posaient. Au terme d’un an de manifestations hebdomadaires, qu’avaient réellement gagné les algériens ? Certes, ils ont viré leur président grabataire, mais le système est toujours en place, et si des têtes sont tombées, de nouvelles issues du même sérail les ont remplacé. Le mouvement n’allait-il pas finir par s’épuiser ? Aucun leader ne s’est vraiment imposé, ce défaut d’incarnation n'est-il pas un lourd handicap, voire un échec, pour aboutir à une traduction politique de ce que la rue réclame, et à l’émergence d’une nouvelle génération de responsables politiques ? Tout cela est vrai et en fait, on s’en fout. Le peuple algérien a déjà gagné. L’Algérie a totalement changé, parce que les algériens ont radicalement changé. L’Algérie de l’immeuble de mon cousin qui considère normal de ne pas payer ses charges de copropriété est condamnée par ses propres enfants. Elle mourra avant eux, et eux aspirent à construire une nouvelle Algérie où on ne fait pas à autrui ce que l’on ne voudrait pas subir soi-même. Une Algérie où la « Hagra » est bannie. Malik Lounès, mars 2020. Article publié par Mediapart en « Une » le lundi 30 mars.