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La pollution de l’air tue 600 000 enfants par anLecture 4 min.Dans un rapport inédit, l’OMS alerte sur ce risque aigu po...
17/12/2020
La pollution de l’air tue 600 000 enfants par an

La pollution de l’air tue 600 000 enfants par an

Lecture 4 min.

Dans un rapport inédit, l’OMS alerte sur ce risque aigu pour la santé et pour le développement des enfants.

« La pollution de l’air a un impact dévastateur sur la santé des enfants. » L’alerte émane de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un rapport inédit publié lundi 29 octobre, à la veille de l’ouverture de la première conférence mondiale sur la pollution de l’air organisée à Genève sous l’égide de l’institution onusienne. « L’air pollué est en train d’empoisonner des millions d’enfants et de ruiner leurs vies », tonne le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Dans un document de près de 180 pages, l’organisation rassemble pour la première fois l’ensemble des connaissances scientifiques autour d’un « risque majeur » mais « souvent négligé » : « la particulière vulnérabilité des enfants aux effets délétères de la pollution de l’air. »

Lire aussi: La pollution de l’air responsable de 422 000 décès prématurés en Europe
Un chiffre donne la mesure du péril. Environ 600 000 enfants âgés de moins de 15 ans – dont 543 000 de moins de 5 ans – meurent chaque année dans le monde d’une infection respiratoire parce qu’ils vivent dans un environnement saturé en particules fines, révèle le rapport. A cause d’un air extérieur contaminé par les gaz toxiques rejetés par le trafic automobile, l’activité industrielle, les pratiques agricoles, l’incinération des déchets (en Inde, notamment) ou encore les poussières issues des tempêtes de sable (Moyen-Orient). A cause, aussi, d’un air « terriblement pollué » à l’intérieur des logements, particulièrement en Afrique. Environ trois millions de personnes à travers le monde utilisent toujours des combustibles comme le charbon ou le kérosène pour cuisiner, se chauffer ou s’éclairer. Les femmes et les enfants sont les premiers exposés à ces fumées toxiques.

La quasi-totalité de ces morts sont constatées dans les pays les moins développés. « La pauvreté est clairement liée à une exposition accrue aux risques environnementaux et sanitaires », souligne l’OMS, y compris dans les pays industrialisés.

Plus proches du sol

Au-delà du lourd bilan morbide, de manière plus globale, « chaque jour, environ 93 % des enfants respirent un air si pollué qu’il fait courir un risque aigu pour leur santé et leur développement », insiste l’institution onusienne. Ces enfants, parmi lesquels 650 millions ont moins de 5 ans, sont soumis à des niveaux de polluants qui dépassent les limites protectrices fixées par l’OMS. Pour les particules fines PM2,5 (de diamètre inférieur à 2,5 µm), les plus dangereuses car elles pénètrent profondément dans les voies respiratoires, l’Organisation mondiale de la santé recommande un seuil de 10 µg/m3 par an. Face à ce risque, là aussi, tous les enfants ne sont pas égaux. Ce taux monte à 100 % des enfants de moins de 5 ans dans les régions les plus pauvres (Afrique, Moyen-Orient et Asie du Sud-Est) quand il est limité à 52 % dans les pays à plus hauts revenus.

Les enfants sont plus vulnérables à la pollution que les adultes pour trois raisons principales : ils inspirent davantage, donc absorbent de plus grandes quantités de polluants ; de par leur petite taille, ils sont plus proches du sol, où la concentration de polluants (des gaz d’échappement par exemple) est plus élevée ; ils restent plus souvent à la maison dans leurs premières années, dans des environnements potentiellement contaminés.

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Outre une incidence importante avérée en termes de mortalité (y compris infantile, avant 1 an), les études compilées dans le rapport montrent que la pollution de l’air a une multitude de conséquences délétères sur la santé des enfants et des adultes qu’ils deviendront. Les premiers effets se manifestent dès la « période de grande vulnérabilité » que représente la grossesse. L’exposition aux particules fines, oxydes d’azote (émis particulièrement par les moteurs diesel) et dioxyde de soufre est liée à des risques accrus de naissances prématurées, mort-nés ou de bébés de petits poids. Elle altère le développement du fœtus et peut être à l’origine de troubles psychomoteurs ou neurodéveloppementaux. Des « preuves solides » s’accumulent notamment sur le lien avec l’autisme ou le trouble du déficit de l’attention.

Des publications tout aussi robustes ont mis en évidence que « même à de faibles niveaux d’exposition », la pollution de l’air entrave les fonctions pulmonaires et leur croissance, provoque asthme et infections respiratoires aiguës dont les pneumonies. Et ce n’est pas tout. Plusieurs travaux menés sur des femmes enceintes vivant près d’importants axes routiers ont montré des risques plus élevés de leucémies pour leurs enfants. Même si les études sont moins nombreuses dans ce champ d’investigation, la pollution est aussi associée au phénomène de l’obésité ou de la résistance à l’insuline. Des affections qui peuvent dégénérer plus tard sous forme d’autres pathologies comme le diabète de type 2.

« Enorme tribut »

Car c’est l’une des autres conclusions majeures du rapport de l’OMS : l’exposition des enfants à un air vicié pendant la période prénatale et les premières années les « prédispose » à développer des maladies pulmonaires ou cardiovasculaires à l’âge adulte. D’où l’urgence à agir pour limiter l’exposition aux particules fines et autres polluants durant cette « phase critique ».

De l’aveu même de Maria Neira, directrice du département santé publique et environnement, l’OMS ne s’attendait pas à trouver de tels résultats alarmants. « L’énorme tribut des maladies et décès révélés par ces nouvelles données doit se traduire par un appel urgent à l’action pour la communauté mondiale, et en particulier pour tous ceux qui travaillent dans le secteur de la santé. » L’OMS exhorte également les gouvernements à prendre des « mesures fortes » pour combattre la pollution de l’air en investissant massivement dans les alternatives aux combustibles fossiles dans les secteurs les plus émetteurs : industrie, transport ou énergie. Elle recommande aussi aux pouvoirs publics d’installer les écoles et les terrains de sport loin des principales sources de pollution que sont les voies de circulation dense ou les usines. Un message qui sera répété pendant les trois jours de la conférence mondiale qui s’ouvre mardi 30 octobre, au siège de l’institution, à Genève.

Dans un rapport inédit, l’OMS alerte sur ce risque aigu pour la santé et pour le développement des enfants.

Ella Adoo-Kissi-Debrah, 9 ans, « tuée » par la pollution de l’airPublié aujourd’hui à 05h07, mis à jour à 08h10Lecture 6...
17/12/2020
Ella Adoo-Kissi-Debrah, 9 ans, « tuée » par la pollution de l’air

Ella Adoo-Kissi-Debrah, 9 ans, « tuée » par la pollution de l’air

Publié aujourd’hui à 05h07, mis à jour à 08h10
Lecture 6 min.

La justice britannique a reconnu que la mort de l’enfant, en 2013, après des crises d’asthme sévère, était liée à la pollution de l’air à Londres. Une première.
Rosamund Adoo-Kissi-Debrah montrant un portrait de sa fille, Ella Adoo-Kissi-Debrah, à Londres, le 30 novembre.
Rosamund Adoo-Kissi-Debrah montrant un portrait de sa fille, Ella Adoo-Kissi-Debrah, à Londres, le 30 novembre. HOLLIE ADAMS / AFP
Des années que la question hantait les nuits et les jours de Rosamund Adoo-Kissi-Debrah : « La pollution de l’air a-t-elle tué ma fille ? » La justice britannique a fini par y apporter une réponse claire : oui, « la pollution de l’air a contribué au décès d’Ella ». Dans une décision sans précédent rendue mercredi 16 décembre à Londres, le Coroner, institution chargée d’établir les causes des morts violentes, a jugé que le décès d’Ella Adoo-Kissi-Debrah, le 15 février 2013, à l’âge de 9 ans, n’était pas seulement dû à une insuffisance respiratoire aiguë causée par un asthme sévère, comme l’avait d’abord conclu la justice en 2014, mais le résultat d’une exposition chronique à des niveaux de pollution élevés liés au trafic routier. Ella vivait dans le quartier populaire de Lewisham, à 25 mètres du South Circular, un axe très fréquenté du sud de la capitale. « Sur le certificat de décès d’Ella, il y aura désormais la vraie raison : la pollution », confie au Monde Rosamund Adoo-Kissi-Debrah.

Derrière son masque bariolé assorti à son boubou traditionnel ghanéen, on devine un sourire de soulagement mais aussi de satisfaction après sept années d’un « rude combat ». Un combat pour Ella. Pour ses jumelles de 13 ans. Pour « toutes ces familles qui souffrent en silence ». « Cette décision ne me ramènera pas ma fille mais j’espère qu’elle débouchera sur une prise de conscience collective, dit calmement Rosamund qui a élevé seule ses trois enfants. La pollution de l’air tue 7 millions de personnes tous les ans. A Londres, au moins douze enfants meurent chaque année des suites de crises d’asthme à cause de l’air toxique qu’ils respirent. Ça ne peut plus durer. J’attends maintenant la réponse du gouvernement, de nos gouvernements. »

Lire aussi: La pollution de l’air tue 600 000 enfants par an
« Tueur invisible »

Après la disparition brutale d’Ella, Rosamund a abandonné son métier de professeur de psychologie et de philosophie pour « sensibiliser », « éduquer » face à cette « urgence sanitaire ». Son histoire tragique, elle l’a racontée à la presse britannique. Avec conviction. Le prestigieux Times a lancé une campagne Clean Air for All en 2019. Des journalistes viennent de Suède ou de Corée recueillir son témoignage. Maria Neira, directrice à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en a fait son « ambassadrice de cœur » dans sa croisade contre la pollution de l’air. « La décision de la justice britannique est historique, s’enthousiasme le docteur Neira. Nous allons désormais pouvoir nous appuyer sur ce jugement pour passer à la vitesse supérieure, accentuer la pression sur les gouvernements et épargner des vies comme celle d’Ella qu’on n’a pas pu sauver. »

Le jugement du Coroner aura une « portée juridique immense », prédit également l’avocate de la mère d’Ella, Jocelyne Cockbur. Jusqu’ici, les victimes de ce « tueur invisible » se cachaient derrière des « statistiques froides ». Désormais, elles ont un visage : le grand sourire, les yeux pétillants et les couettes virevoltantes d’Ella. Sa maman le conserve toujours précieusement auprès d’elle, sur son smartphone.

Une façon de ne jamais oublier qu’Ella, avant d’être terrassée par les crises à répétition, était une petite fille pleine de vie. Toujours dans les premiers de la classe. A 6 mois dans l’eau de la piscine municipale. A 9 mois au club de gym du quartier. Musicienne, elle jouait aussi bien du piano, de la guitare que du cornet à piston. Ella avait un rêve : devenir pilote dans la Royal Air Force.

Le cauchemar, lui, a commencé en octobre 2010. Ella et sa mère décident d’escalader le monument commémorant le Grand incendie de Londres. Dans l’ascension, Ella se plaint de ne plus pouvoir monter les marches. Elle est à bout de souffle. Rosamund ne prête pas attention. Mais quelques jours plus tard, ses poumons sifflent comme ceux d’un vieux fumeur. Son état se dégrade. Après Noël, les médecins la placent en coma artificiel. Le début du calvaire. En un peu de moins de trois ans, Ella enchaîne les séjours aux urgences et les hospitalisations. Vingt-sept a compté Rosamund. Souvent, elle doit la porter sur son dos. Parfois, elle doit lui faire un massage cardiaque en pleine nuit quand sa respiration s’arrête. Le 15 février 2013, la nuit de la Saint-Valentin, ses « pouvoirs magiques » n’ont pas pu faire de miracle. Ella succombe d’un arrêt cardiaque à l’hôpital de Lewisham.

Lewisham, mais aussi le King’s College Hospital, le Great Ormond Street Hospital, le St George’s Hospital, le St Thomas Hospital : Rosamund et Ella avaient consulté tous les spécialistes. Les docteurs lui avaient administré des cures d’antibiotiques en intraveineuses, la boostaient aux stéroïdes, lui avaient fait passer des batteries d’examens pour détecter une épilepsie, une mucoviscidose et finir par diagnostiquer un asthme sévère. Mais aucun médecin n’avait évoqué la piste de la pollution de l’air. Et en 2014, la justice conclut qu’Ella est morte d’une « insuffisance respiratoire aiguë causée par un asthme sévère ».

Lire aussi: « La pollution de l’air a des conséquences majeures sur la santé des enfants »
Soutien du nouveau maire de Londres

Un an plus tard, Rosamund est contactée par un certain Stephen Holgate. Professeur en immunopharmacologie à l’université de Southampton, il étudie l’asthme et la pollution de l’air depuis près de quarante ans. M. Holgate a lu l’histoire d’Ella dans la presse. Il a une intuition. Il l’expose à Rosamund : l’asthme dont souffrait Ella a vraisemblablement été provoqué et aggravé par la pollution de l’air et le fait d’habiter près d’une voie de circulation très dense n’a rien arrangé. « J’étais dévastée, se souvient Rosamund. Nous regardions dans la mauvaise direction : nous cherchions une explication médicale alors que la cause était environnementale. Si je l’avais su à l’époque, la première chose que j’aurais faite, c’est déménager. »

Le professeur Holgate se met au travail. Pendant deux ans, il passe ses nuits à éplucher le dossier médical d’Ella et à analyser les niveaux de pollution relevés dans le quartier de la fillette. Il met en évidence que les concentrations en particules fines et en dioxyde d’azote (NO2), gaz très toxique émis principalement par les véhicules diesel, dépassent régulièrement et largement les limites légales et les recommandations de l’OMS. Surtout, il constate que les crises d’Ella et les hospitalisations surviennent majoritairement à l’automne ou en hiver, lors des pics de pollution. A contrario, ses bronches lui accordent un répit passager au printemps et à l’été, lorsque les niveaux de particules sont plus bas. Conclusion du professeur Holgate : les séjours aux urgences d’Ella ont un « lien frappant » avec les pics de pollution autour de son domicile.

Sur la base de ces nouveaux éléments, Rosamund crée une fondation, lance une pétition pour obtenir la révision des conclusions de la justice et reçoit le soutien du nouveau maire de Londres, Sadiq Khan, lui-même asthmatique, dans sa demande d’une nouvelle enquête. Elle l’obtient en décembre 2019. Un an et deux semaines d’audiences plus tard le Coroner adjoint du district sud de Londres, Philip Barlow a été convaincu par les arguments du professeur Holgate : « Ella vivait sur le fil du rasoir. Un très petit changement pouvait avoir des conséquences dramatiques. » La nuit de l’ultime crise a coïncidé avec un épisode de pollution particulièrement sévère. Holgate va plus loin : il considère que « si les niveaux de pollution de l’air n’avaient pas dépassé les limites légales, Ella ne serait pas morte ».

De quoi engager la responsabilité des autorités locales. Lors des audiences, un représentant du Grand Londres a reconnu que les limites d’exposition au NO2 ne seraient pas atteintes avant 2025. Il a aussi admis que l’actuel premier ministre, Boris Johnson, lorsqu’il était maire de Londres, avait retardé de trois ans, en 2010, l’extension de la zone à faible émission – censée éradiquer les voitures les plus polluantes pour ne pas pénaliser les conducteurs après la crise économique de 2008.

« Les autorités avaient l’opportunité de prendre les mesures susceptibles de réduire les niveaux de pollution mais elles ne l’ont pas fait, a estimé le Coroner adjoint, mercredi 16 décembre. Cet échec a sans doute contribué au décès d’Ella. » Le juge doit rendre un deuxième verdict, dans un mois avec des recommandations destinées aux pouvoirs publics. Rosamund espère « une nouvelle loi contre la pollution de l’air », seule à même, selon elle, de rendre l’air un peu plus respirable dans son quartier de Lewisham. A défaut, elle se résout à « déménager » loin de ce maudit South Circular. Même si les jumelles ne sont pas prêtes à poursuivre leur vie ailleurs que dans « la maison d’Ella ».

Lire aussi: Pollution : le trafic automobile responsable de quatre millions de nouveaux cas d’asthme infantile par an

La justice britannique a reconnu que la mort de l’enfant, en 2013, après des crises d’asthme sévère, était liée à la pollution de l’air à Londres. Une première.

« Le devoir de toute société humaine est de se protéger contre les déviances de ceux qui détruisent la planète »La respo...
14/12/2020
« Le devoir de toute société humaine est de se protéger contre les déviances de ceux qui détruisent la planète »

« Le devoir de toute société humaine est de se protéger contre les déviances de ceux qui détruisent la planète »

La responsabilité des chefs d’entreprise et des dirigeants politiques qui, face à la crise climatique, prennent des décisions à l’encontre de l’intérêt général, doit être engagée, estiment l’investisseur Bertrand Badré, l’écrivain Erik Orsenna et le psychiatre et entrepreneur Bertrand Piccard.
Tribune. En pleine pandémie due au coronavirus, la déforestation a plus que doublé dans le monde. Alors que la moitié de l’humanité luttait contre un virus dont l’origine semble fortement liée à la destruction de la biodiversité, d’autres profitaient de la situation pour accélérer la déforestation de l’Indonésie, du Congo ou de l’Amazonie…

Cette information, tirée d’un rapport publié par le WWF (« La déforestation a augmenté de 150 % durant la pandémie de Covid-19 »), nous a amenés à nous poser de multiples questions sur l’absurdité de notre époque. Comment peut-on mettre les autres, comme soi-même d’ailleurs, en péril par pur égoïsme ? Ces questions fascinent le médecin psychiatre. Elles préoccupent le financier. Elles taraudent l’écrivain fasciné par la mondialisation.

Par ignorance ?

Cette situation nous a soudainement rappelé la théorie de Jared Diamond sur l’effondrement des civilisations. Dans son essai (Bouleversement. Les nations face aux crises et au changement, Gallimard), le géographe américain prend en exemple la civilisation de l’île de Pâques.

D’après lui, la disparition de cette culture est avant tout due à sa recherche constante de prestige. En construisant des statues de plus en plus imposantes, les Pascuans ont eu un besoin croissant de bois afin de déplacer les fameux colosses de pierre. Cette course frénétique a conduit au déboisement total de l’île, entraînant une érosion des sols, un appauvrissement de la biodiversité, et, finalement, l’effondrement de leur société.

LA DÉCISION D’UN INDIVIDU DE DÉVERSER DES TONNES DE PRODUITS TOXIQUES DANS UNE RIVIÈRE, PROVOQUANT D’INNOMBRABLES CANCERS ET MENAÇANT TOUT UN ÉCOSYSTÈME, EST TOUT AUSSI RÉPRÉHENSIBLE QUE CELLE D’UN TUEUR EN SÉRIE
Alors, que se passe-t-il dans la tête de ceux qui détruisent notre planète aujourd’hui et mettent en péril leur propre civilisation ? Comment peut-on continuer à financer massivement les énergies fossiles et polluantes, malgré les alertes de la communauté scientifique ? Comment peut-on continuer à détruire les sols, déverser plastique et produits chimiques dans les rivières et les océans, épuiser les ressources de la planète et financer des lobbys pour éviter toutes contraintes ?

Est-ce par ignorance ? Il est possible que certains méconnaissent encore la gravité de la situation environnementale. Mais il est difficile de croire qu’on puisse être totalement ignorant du danger que nous courons. Les scientifiques nous alertent depuis les années 1980, et les conséquences sont d’ores et déjà visibles : incendies massifs, perte de biodiversité, pollution de l’air et inondations.

Lire aussi: « La déforestation n’est pas une fatalité, mais un choix politique »
Une autre hypothèse est qu’il est très difficile pour l’être humain de projeter les conséquences de ses actes dans le temps ou l’espace, de faire le lien entre un comportement immédiat et les répercussions qu’il aura dans le futur ou dans un autre endroit du globe.

Soumission à l’autorité

C’est ainsi qu’une faute personnelle paraît insignifiante – ce qui est souvent exact – alors même que la multiplication de cette faute à l’échelle mondiale engendre des conséquences désastreuses. Nous continuons donc à prendre notre voiture à moteur thermique, à jeter nos capsules de café dans la poubelle et à laisser nos lampes allumées dans une chambre vide. Comme le soulignait Tolstoï : « Chacun pense à changer le monde et personne ne pense à se changer soi-même. »

Une autre piste est celle de la soumission à l’autorité. Celui qui a coupé le dernier arbre sur l’Île de Pâques a fort probablement reçu l’ordre de le faire, plus qu’il n’en a pris l’initiative. Nombre de bourreaux se sont d’ailleurs réfugiés derrière cet argument au moment d’être jugés pour leurs atrocités. Tant que les règles ne changent pas, on continue donc d’y obéir aveuglément.

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La législation actuelle, dans de nombreux endroits du globe, autorise trop facilement d’émettre des substances polluantes, d’importer des produits toxiques et de détruire l’environnement. Et en l’absence d’un renforcement des normes pénales concernant l’environnement, certaines entreprises et individus en profitent pour ne rien changer à leurs comportements. En toute légalité.

Certaines personnes, enfin, ne savent simplement pas comment faire. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises ne survivent, beaucoup d’emplois ne sont garantis, que grâce à des activités qui, par leur nature, détruisent la planète. Leurs dirigeants n’ont pas forcément les moyens de faire autrement. Pensons aux patrons des entreprises qui produisent des pailles en plastique, ou des énergies fossiles ; aux exploitants de mines ou de décharges publiques. Ils ont des investissements à rentabiliser, des salaires à payer et des familles à nourrir.

Des alternatives rentables

A ceux-là il faut proposer d’ambitieux plans de reconversion de leurs employés, et de modernisation de leurs usines. Nous devons leur proposer des alternatives rentables, des plastiques biodégradables, des sources d’énergies renouvelables, des débouchés pour leurs déchets, qui leur permettent de continuer une activité lucrative. C’est d’ailleurs l’objectif de la Fondation Solar Impulse et de son label destiné à promouvoir les solutions capables de protéger l’environnement de façon rentable.

Lire aussi: Amazonie : « Serait-on en train d’assister à un nouvel ethnocide sanitaire accompagné d’un écocide ? »
Mais il subsiste une dernière catégorie : ceux qui sont parfaitement au fait de la gravité de la situation et des conséquences de leurs actions, qui pourraient faire autrement et savent que c’est possible, mais qui préfèrent persévérer dans leur voie sans issue. Leur seule et unique motivation est l’appât du gain à court terme, au mépris de la souffrance et des inégalités que cela engendre. Ils se caractérisent par une insensibilité à la souffrance d’autrui, un fort égocentrisme et une absence de culpabilité. Ceux-là sont vraisemblablement des psychopathes, tels que les décrit le DSM-5, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (Elsevier Masson, 2015) qui sert de référence mondiale.

Il ne s’agit pas ici des sanguinaires sadiques et violents qui nous terrorisent au cinéma, et qui seraient plutôt qualifiés de sociopathes, mais d’un trouble psychologique bien connu des psychiatres : la psychopathie. Cette pathologie, définie précisément par les symptômes énoncés ci-dessus, semble toucher des individus qui cherchent à éviter de souffrir eux-mêmes en se coupant de toute empathie. Ce trouble concernerait près de 3 % de la population adulte !

Lire aussi: « Cette réserve a perdu sa raison d’être » : en Amazonie, le rêve brisé d’une forêt durable
Qui plus est, un article paru en 2016 dans la revue Crime Psychology Review estimait que, dans les milieux professionnels, la proportion de psychopathes serait d’ailleurs largement supérieure dans les postes à responsabilité : elle pourrait être proche de 20 %. C’est évident qu’il est plus facile de gravir les échelons du succès en n’ayant aucun scrupule, en marchant sur les autres et en ne perdant aucunement le sommeil lorsqu’on licencie quelques centaines d’employés, malgré les drames familiaux que cela implique, pour faire monter les actions de son entreprise en Bourse.

L’un finira en prison, l’autre pas

S’il est possible d’informer ceux qui ne savent pas, de convaincre ceux qui doutent, d’aider ceux qui en ont besoin, ou de donner de meilleurs ordres aux subordonnés, il n’existe qu’une seule chose à faire avec les psychopathes : s’en protéger.

A notre sens, c’est le rôle et le devoir de toute société humaine que de se protéger contre ces déviances, au même titre qu’elle doit se protéger contre les meurtriers. La responsabilité personnelle des chefs d’entreprise et des dirigeants politiques qui prennent des décisions à l’encontre de l’intérêt général devrait être systématiquement pointée du doigt. La décision d’un individu de déverser des tonnes de produits toxiques dans une rivière, provoquant d’innombrables cancers et menaçant tout un écosystème, est tout aussi répréhensible que celle d’un tueur en série. Seulement, aujourd’hui, l’un finira en prison, l’autre pas.

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Il s’agit bien aujourd’hui de faire face à ces questions. La réponse peut être pénale. Elle peut être morale. Elle peut aussi faire partie de la nécessaire révision de notre modèle. En choisissant le profit non plus comme fin en soi mais comme un moyen de participer au bien commun de notre planète et de ses habitants, nous contribuerions à mettre un terme à ces dérives. Et si les dirigeants politiques sont incapables de prendre les mesures nécessaires pour protéger leur population, ils signent en réalité leur propre diagnostic…

Les signataires : Bertrand Badré, ancien directeur général de la Banque mondiale, PDG de Blue Like an Orange Sustainable Capital ; Dr Bertrand Piccard, psychiatre et explorateur, président de la Fondation Solar Impulse ; Erik Orsenna, écrivain, membre de l’Académie française.

Par Collectif
Publié le 04 octobre 2020 à 09h15

TRIBUNE. La responsabilité des chefs d’entreprise et des dirigeants politiques qui, face à la crise climatique, prennent des décisions à l’encontre de l’intérêt général, doit être engagée, estiment l’investisseur Bertrand Badré, l’écrivain Erik Orsenna et le psychiatre et entre...

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