Atelier d'écriture créative Textes.net

Atelier d'écriture créative Textes.net Traverser en groupe la forme et la liberté de la création littéraire : l’atelier d’écriture est ici avant tout un lieu de création. Organisé par l'association ECLA(T)

Atelier d'écriture créative

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17/10/2021
https://www.la-croix.com/Debats/Debattre-vraiment-10-engagements-Croix-presidentielle-2021-09-23-1201176947
26/09/2021
Débattre vraiment ! Les 10 engagements de « La Croix » pour la présidentielle

https://www.la-croix.com/Debats/Debattre-vraiment-10-engagements-Croix-presidentielle-2021-09-23-1201176947

En cette période électorale, « La Croix » propose un manifeste pour un débat libre et respectueux. Nos engagements, simples et concrets, visent à mettre en place un espace de discussion où chacun s’écoute, loin de la culture du clash et de la polémique. Nous vous invitons à nous rejoindr...

Une splendeur
21/09/2021
TERMA

Une splendeur

A woman arrives on a Greek island and makes profound connections with those she encounters. Directed by ELIAS BORST and MAGAAJYIA SILBERFELD Story by ELIAS BORST Screenplay…

« Dans les années 1980, Dapper Dan, enfant de Harlem, a confectionné de faux habits griffés à partir de housses issues d...
17/09/2021
Dapper Dan, l’ancien dealer de fringues de Harlem devenu créateur culte

« Dans les années 1980, Dapper Dan, enfant de Harlem, a confectionné de faux habits griffés à partir de housses issues des plus grandes maisons de couture. Et marqué à jamais l’histoire de la mode. Les Presses de la Cité viennent de publier son autobiographie
Par Sophie Fontanel
Publié le 16 septembre 2021 à 20h00
Temps de lecture 2 min

Il y a ceux qui savent qui est Dapper Dan. Leur visage s’éclaire dès qu’on parle de cet homme. Ils savent que Dapper Dan est l’une des personnes qui a le plus influencé le luxe d’aujourd’hui, et ils savent que ça a été un tour de force, un coup fumant. Ils savent que Dapper Dan est un enfant de Harlem (né en 1944) et qu’il a fait un peu toutes les conneries répertoriées, la drogue (pas trop), des tours à l’ombre (quelques-uns, tout de même), de mauvaises fréquentations (il en rit).

Mais surtout, ils savent qu’il a connu Harlem quand personne n’y entrait, dealé des fringues quand les camarades dealaient des denrées bien différentes, et compris quelque chose de décisif, dans les années 1980, à ce que la mode allait devenir.

Ces gens savent que Dapper Dan n’avait pas un sou, mais entendait, comme la plupart des gens du Harlem de sa jeunesse, être le plus mieux looké du quartier (le style fabuleux de Harlem a été immortalisé par les photos de Jamel Shabazz, aujourd’hui exposées dans les musées).

Ces gens savent même de quelle manière Dapper Dan est apparu sur la « scène de la mode », comme on dit. Ils le savent parce que les journaux alternatifs du monde entier se sont chargés, au fil des ans, de faire le soleil sur ce cas d’école : dans les années 1980, Dapper Dan réalise qu’il n’y a pas à Harlem qu’un style dément, il y a aussi beaucoup d’argent (certes lié à des activités illicites).

Tous les frimeurs-dealers rêvent de porter des vêtements siglés Vuitton, Gucci… Ironie du sort, ils ont les moyens de se les offrir. Sauf qu’ils n’osent pas. D’abord, il faudrait payer en liquide, car ils n’ont que ça, des valises de biffetons. Et, ensuite, il faudrait conjurer un immense complexe social, pour oser entrer dans une boutique de la Ve avenue qui vous « voit venir ».

Alors évidemment, il y a ceux qui savent aussi que Dapper a eu l’idée d’ouvrir une boutique à Harlem, pour cette clientèle-là. Qu’il est entré un jour, lui, chez Vuitton et Gucci pour y acheter des vêtements et qu’on lui a dit qu’ici on vendait des accessoires. C’était juste dans sa tête, ces blousons ou costumes tout monogrammés. Alors il a acheté des housses pour cost**d Gucci et il a taillé des blousons dedans. Et puis il a reproduit le logo Vuitton et il a fait des costumes. Et puis la même chose avec Fendi. Et il a vendu ça à prix d’or. Et ça a marché. Bientôt, il a Mike Tyson et tous les rappeurs comme clients.

Bien sûr, il a eu des « ennuis ». Les « maisons » n’ont pas aimé qu’on les imite. Mais, au fond, les imitait-il, en créant ce qu’elles ne faisaient pas encore ? Aujourd’hui, beaucoup de ces marques travaillent avec Dapper Dan. Eh, c’est que le monde, il change !

Voilà, il y a ceux qui savent tout ça, et puis il y a les autres, qui ont de la chance, ils vont pouvoir lire l’histoire de ce délicieux, fabuleux culotté. Passionné depuis toujours par l’écriture, il sort Ma Vie made in Harlem (les Presses de la Cité). Une part de l’histoire du look est là-dedans. »

Dans les années 1980, Dapper Dan, enfant de Harlem, a confectionné de faux habits griffés à partir de housses issues des plus grandes maisons de couture. Et marqué à jamais l’histoire de la mode. Les Presses de la Cité viennent de publier son autobiographie

12/09/2021
06/09/2021
17/08/2021

Karine LACOMBE

"La Médecin, une infectiologue au temps du Corona"

Édition Stock

16/08/2021

Je suis la femme qui s’est éveillée
Je me suis levée et me suis changée en tempête balayant les cendres de mes enfants brûlés
Je me suis levée des ruisseaux formés par le sang de mon frère
La colère de mon peuple m’a donné la force
Mes villages ruinés et incendiés m’ont remplie de haine pour l’ennemi,
Je suis la femme qui s’est éveillée,
J’ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.
J’ai ouvert des portes closes par l’ignorance
J’ai dit adieu à tous les bracelets d’or
Oh compatriote, je ne suis plus celle que j’étais
Je suis la femme qui s’est éveillée
J’ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.
J’ai vu des enfants sans foyer, errant pieds nus
J’ai vu des promises aux mains tatouées de henné en habit de deuil
J’ai vu les murs géants des prisons avaler la liberté dans leurs estomacs d’ogres
Je suis ressuscitée parmi des gestes épiques de résistance et de courage
J’ai appris le chant de la liberté dans les derniers soupirs, dans les vagues de sang et dans la victoire
Oh compatriote, oh frère, ne me considère plus comme faible et incapable
Je suis de toute force avec toi, sur le chemin de la libération de mon pays.
Ma voix s’est mêlée à celle de milliers d’autres femmes qui se sont levées
Mes poings se serrent avec les poings de milliers de compatriotes
Avec toi, j’ai pris le chemin de mon pays,
Pour briser toutes ces souffrances et tous ces fers,
Oh compatriote, oh frère, je ne suis plus celle que j’étais
Je suis la femme qui s’est éveillée
J’ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.
Meena Keshwar Kamal

"ENQUÊTE Disparus en 1944, des milliers de feuillets inédits de l’écrivain, auteur de « Voyage au bout de la nuit » et d...
09/08/2021
Des milliers de feuillets inédits : les trésors retrouvés de Louis-Ferdinand Céline

"ENQUÊTE Disparus en 1944, des milliers de feuillets inédits de l’écrivain, auteur de « Voyage au bout de la nuit » et de « Mort à crédit », viennent de resurgir dans des circonstances étonnantes. « Le Monde », qui révèle cette découverte, a remonté leur piste de la Libération à aujourd’hui.

Il l’a hurlé si fort et si souvent que même ses plus fervents admirateurs avaient fini par en douter. Et pourtant, jusqu’à son dernier souffle, Louis-Ferdinand Céline, mort en 1961, n’a cessé de le répéter : en 1944, alors qu’il venait de s’enfuir en catastrophe vers l’Allemagne n**ie avec les ultras de la Collaboration, des pillards ont forcé la porte de son appartement de Montmartre et lui ont volé de volumineux manuscrits, pour une large part inédits. Parmi eux, a-t-il toujours proclamé, celui de Casse-pipe, le roman qui devait former un triptyque avec ses deux chefs-d’œuvre Voyage au bout de la nuit (1932) et Mort à crédit (1936). Seules quelques pages de ce roman étaient parvenues jusqu’à nous.
Oui, Céline l’a hurlé sur tous les tons. Dans D’un château l’autre, en 1957 : « Ils m’ont rien laissé… pas un mouchoir, pas une chaise, pas un manuscrit… » Dans une lettre à son ami Pierre Monnier, en 1950 : « Il faut le dire partout si Casse-pipe est incomplet c’est que les Epurateurs ont balancé toute la suite et fin, 600 pages de manuscrit dans les poubelles de l’avenue Junot. » Et d’ajouter que ces « pillards » avaient également dérobé un épais manuscrit intitulé La Volonté du roi Krogold, quasiment inédit lui aussi. Quelques jours avant sa mort, le romancier écrivait encore dans Rigodon : « On m’a assez pris, on m’a assez dévalisé, emporté tout ! Hé, je voudrais qu’on me rende ! »
Lui « rendre » ? Depuis 1944, tout ce que la « Célinie » compte de biographes, d’exégètes et de marchands d’autographes a tenté de remonter la piste de ce trésor de papier. Ils ont interrogé les survivants du Montmartre de la Libération. Retrouvé des descendants des fameux « épurateurs ». Guetté le moindre indice dans les ventes aux enchères de province. En vain. Les manuscrits avaient bel et bien disparu. A tout jamais, avait-on fini par se résigner.
Légende noire
Restait donc la légende de Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), qui, avec Voyage au bout de la nuit et sa « trilogie allemande » d’après-guerre – D’un château l’autre, Nord et Rigodon – est considéré comme un géant littéraire du XXe siècle. Restait aussi une légende noire, celle de l’auteur de terribles pamphlets antisémites – Bagatelles pour un massacre (1937), L’Ecole des cadavres (1938) –, qui s’est exilé six années au Danemark pour échapper à la prison. Reste enfin l’image du « clochard de Meudon » finissant sa vie dans la maison de la banlieue ouest de Paris, au milieu de ses chiens, en vitupérant un monde qui lui faisait horreur.
Le 8 novembre 2019, la mort, à l’âge de 107 ans, de l’ex-danseuse Lucette Destouches, v***e du sulfureux romancier, a semblé mettre un terme à tout espoir de retrouver un jour ces fameux manuscrits. Personne ne s’en doute alors, mais cette disparition va au contraire relancer l’histoire de manière inattendue.
Quelques mois plus t**d, en effet, un homme prend contact en toute discrétion avec l’avocat parisien Emmanuel Pierrat, spécialiste reconnu du monde de l’édition. Cet homme s’appelle Jean-Pierre Thibaudat. Ce critique dramatique, auteur de nombreux ouvrages sur le théâtre, a longtemps officié à Libération, avant d’en partir en 2006. Il n’est pas connu comme « célinien », mais ce qu’il révèle ce jour-là à Me Pierrat est stupéfiant.
Il le raconte aujourd’hui au Monde : « Il y a de nombreuses années, un lecteur de Libération m’a appelé en me disant qu’il souhaitait me remettre des documents. Le jour du rendez-vous, il est arrivé avec d’énormes sacs contenant des feuillets manuscrits. Ils étaient de la main de Louis-Ferdinand Céline. Il me les a remis en ne posant qu’une seule condition : ne pas les rendre publics avant la mort de Lucette Destouches, car, étant de gauche, il ne voulait pas “enrichir” la v***e de l’écrivain. »
Quand ce don a-t-il eu lieu ? « Il y a plus de quinze ans, je travaillais encore à Libération », assure Jean-Pierre Thibaudat, sans autre précision. Est-il vraiment possible de détenir de tels documents sur une aussi longue période sans en parler à quiconque ? « Oui », jure-t-il. Qui était ce mystérieux donateur ? « Secret des sources », répond-il en souriant. A-t-il demandé une contrepartie financière ? « Pas un centime. »
Un mètre cube de papier
De retour chez lui, le journaliste examine les feuillets épars. Certains sont rongés par l’humidité, sans doute après un séjour prolongé dans une cave. L’ensemble représente environ un mètre cube de papier. « Il y avait des milliers de pages, un peu en vrac, et il m’a fallu des mois uniquement pour les classer », poursuit-il. Certaines liasses de feuillets sont encore reliées entre elles par les pinces à linge en bois que l’écrivain utilisait rituellement. C’est seulement alors que M. Thibaudat prend vraiment la mesure de ce qu’il a entre les mains.
Il y a là les 600 feuillets du fameux Casse-pipe, un gros roman inconnu intitulé Londres, 1 000 feuillets de Mort à crédit et des dizaines d’autres écrits et documents. « Une découverte littéraire comme il en arrive rarement en un siècle », estime Me Pierrat. « Un événement inouï », surenchérit Emile Brami, biographe de Louis-Ferdinand Céline.
Pendant des années, sans en parler à quiconque, Jean-Pierre Thibaudat retranscrit les manuscrits. « Je suis arrivé à plus d’un million de signes, soit l’équivalent d’un livre de 600 pages », précise-t-il. Et puis, donc, survient la mort de Lucette Destouches, à l’automne 2019. L’heure est venue de dévoiler l’existence de ces documents. Me Pierrat entre alors en relation avec les deux ayants droit de la v***e de Céline.
L’un, François Gibault, avocat âgé de 89 ans, est l’auteur de la biographie de référence de l’écrivain. Depuis les années 1960, il a défendu son amie Lucette Destouches au milieu des tempêtes – et il y en eut, notamment à propos des fameux pamphlets. L’autre ayant droit est une femme de 69 ans, Véronique Chovin, une amie de la vieille dame, laquelle fut sa professeure de danse dans sa jeunesse. Depuis trente ans, il n’était pas une semaine, parfois pas un jour, sans que Véronique Chovin « monte » voir « Mme Céline », route des Gardes, à Meudon (Hauts-de-Seine). Les deux femmes publieront d’ailleurs un livre ensemble chez Grasset, en 2001. « Voilà soixante-quinze ans que l’on se demandait où étaient passés les manuscrits de Céline disparus à la Libération : l’annonce de leur redécouverte a été un véritable choc pour nous », confie François Gibault au Monde.
Plainte pour recel de vol
Le 11 juin 2020, une rencontre entre les deux ayants droit et Jean-Pierre Thibaudat est organisée au cabinet de Me Pierrat, boulevard Raspail, à Paris. Abasourdi, François Gibault, qui a pisté ces manuscrits un demi-siècle durant, se dit partisan de leur publication chez Gallimard. M. Thibaudat précise qu’il aimerait ensuite les remettre à l’Institut mémoires de l’édition contemporaine, un centre d’archives littéraires installé dans une abbaye près de Caen, qui dispose déjà d’un copieux fonds Céline. « Je n’ai jamais envisagé une seconde de les vendre », insiste-t-il. Une précision importante quand on sait le prix atteint par la moindre page de cet écrivain sur le marché. « La valeur de ces inédits se chiffre en millions d’euros », souffle un expert.
Ce jeudi de juin 2020, pourtant, rien ne se passe comme prévu. Au sortir du rendez-vous, Véronique Chovin s’indigne : « Lucette aurait été scandalisée par ce qui est train de se passer. Ces manuscrits ont été volés et lui revenaient de droit. En conséquence, ils doivent aujourd’hui être restitués à ceux qui défendent ses droits moraux et patrimoniaux. A nous de décider de leur sort. »
Début 2021, l’affaire prend un tour judiciaire. Mme Chovin et M. Gibault mandatent un avocat, Jérémie Assous, pour récupérer le trésor célinien. « Pourquoi M. Thibaudat pourrait-il disposer à sa guise de manuscrits qui ont été volés à la Libération ? Comment pourrait-il en ignorer l’origine, alors qu’il suffit de s’intéresser un tant soit peu à Céline pour le savoir ? », justifie Me Assous. Dans la plus grande discrétion, tous trois décident donc de porter plainte pour recel de vol devant le tribunal de grande instance de Paris.
Un ami des n***s
Au cœur de ce litige judiciaro-littéraire une question cruciale : comment ces textes ont-ils refait surface soixante ans après la mort de leur auteur ? Pour tenter de percer ce mystère, il faut revenir au début du mois de juin 1944, à Montmartre, plus exactement dans l’appartement que Céline et son épouse occupent au cinquième étage d’un immeuble de la rue Girardon, à deux pas du Moulin de la Galette.
Depuis le début de la guerre, on ne peut pas dire que l’écrivain se soit fait discret. Il a réédité ses pamphlets antisémites, réclamé à cor et surtout à cris que ses ouvrages soient montrés à la terrible exposition « Le Juif en France » (qui s’est tenue du 5 septembre 1941 au 15 janvier 1942) et fréquenté l’ambassade d’Allemagne. S’il n’a pas collaboré au sens « technique » du terme – trop maladivement indépendant pour cela –, il passe pour être l’un des plus célèbres amis français des n***s.
Ce printemps 1944 se présente donc plutôt mal pour lui. Le Débarquement n’a pas encore eu lieu que de petits cercueils arrivent déjà dans sa boîte à lettres. « On serait resté rue Girardon on aurait tout de suite eu notre compte… la “corrida” fignolée… écorcherie à vif, premier temps… Second temps, lardé à la broche, et aux petits oignons, piments, au petit feu », écrira-t-il dans Rigodon.
Alors, au matin du 6 juin, tandis que les Américains débarquent en Normandie, sa décision est prise : il faut filer au plus vite en Allemagne et de là au Danemark, où il s’est constitué une réserve d’or, enterrée dans le jardin d’une amie. Prévoyant, il dispose de faux papiers au nom de Louis-François Deletang. Idem pour Lucette Destouches, rebaptisée Lucile Alcante.
Le 8 juin, il récupère un laissez-passer des autorités allemandes avant de filer au Crédit lyonnais retirer ses dernières pièces d’or. Sa femme les coud dans un gilet qu’il ne quittera plus durant de longs mois de « cavale ». Il a juste le temps d’aller dire adieu à sa vieille amie Arletty. Entre l’écrivain sur le point de fuir et la comédienne pressentant que ses amours passionnées avec son beau n**i Hans Jürgen Soehring lui préparent des semaines difficiles, la conversation dut être quelque peu fataliste.
Enfin, Céline prend la précaution de confier certains manuscrits – Guignol’s band II et quelques pages de Casse-pipe – à la fidèle Marie Canavaggia, sa secrétaire particulière chargée depuis toujours de mettre ses romans au propre. Il a vendu celui de Voyage quelques mois plus tôt à un galeriste parisien contre un petit tableau de Renoir et 10 000 francs. Mais d’énormes liasses de feuillets restent rue Girardon, posées sur une armoire. Parmi elles, l’essentiel de Casse-pipe, La Volonté du roi Krogold, Mort à crédit et des centaines d’autres pages…
Rejoindre le maréchal Pétain
Le 17 juin 1944, Céline et Lucette Destouches glissent leur chat Bébert dans une besace et filent gare de l’Est, direction Baden-Baden, où ils seront bientôt rejoints par un ami, le comédien Robert Le Vigan. L’étape suivante les conduira à Sigmaringen, où ils retrouveront le maréchal Pétain et ses derniers fidèles, tous férocement portraiturés, plus t**d, dans D’un château l’autre.
Arrive la libération de Paris. Le 25 août, le général de Gaulle prononce son fameux discours devant l’Hôtel de ville. Sur la butte Montmartre, des résistants des Forces françaises de l’intérieur élisent la brasserie Junot comme quartier général. On y fait défiler tous ceux que l’on soupçonne d’avoir collaboré avec l’ennemi. Et, à l’occasion, on perquisitionne leurs logements, de façon plus ou moins légale. C’est sans doute entre le 25 et le 30 août 1944 que des résistants vont ainsi se rendre dans l’appartement de Céline. Question cruciale : lequel d’entre eux est reparti avec les manuscrits sous le bras ?
L’écrivain avait sa petite idée : « Oscar Rosembly, juif corse, qui volait les chaussures à Popol [Gen Paul, peintre montmartrois et grand ami de Céline], et qui est venu après mon départ ravager mon appartement », écrit-il le 26 mai 1949 à un autre ami, Henri Mahé. Il en fera même le personnage du « juif Alexandre » dans une version primitive de Féerie pour une autre fois (1952). Cette hypothèse est corroborée par le professeur Henri Godard, grand spécialiste de Céline, dans son édition de la Correspondance de l’écrivain en Pléiade : « Le pillard de la rue Girardon est Rosembly. »
Oscar Rosembly et ses secrets
Qui est cet Oscar Rosembly ? Il a vu le jour le 4 avril 1909 à Poggiolo, un village corse perché à flanc de montagne entre Ajaccio et Corte. Selon le Dictionnaire de la correspondance de Louis-Ferdinand Céline (Du Lérot, 2012), cet esprit original a été successivement employé d’une entreprise de tuyauterie, journaliste pour Gringoire ou Vogue, puis employé à la mairie du 9e arrondissement de Paris. Il aurait également travaillé auprès de Camille Chautemps, ministre du Front populaire.
Pendant la guerre, Rosembly est proche du peintre Gen Paul, chez lequel il se cache, en raison de ses lointaines origines juives. Il monte de temps à autre chez Céline, domicilié juste en face, pour manger des bretzels ou faire les comptes de l’écrivain. « Cela paraît fou, mais Céline, auteur de pamphlets antisémites, avait choisi Rosembly pour tenir sa comptabilité, justement parce qu’il pensait qu’il était juif ! », commente Emile Brami.
A peine Paris libéré, voilà que Rosembly réapparaît en lieutenant FFI à Montmartre. Avec quelques comparses, il profite de la confusion générale pour « visiter » les appartements de personnalités en fuite. Le dessinateur d’extrême droite Ralph Soupault y a droit. Le comédien Robert Le Vigan, speaker à Radio-Paris, aussi, qui désignera d’ailleurs nommément Rosembly dans un texte manuscrit de six pages versé à la justice. Et, donc, Louis-Ferdinand Céline.
Ces « perquisitions » ne vont pas passer inaperçues. Le 5 septembre 1944, Rosembly est arrêté. Selon un procès-verbal de l’époque, que Le Monde a pu consulter, on lui reproche ses « agissements malhonnêtes ». Il est même incarcéré à Fresnes. « Et, pour qu’un résistant soit emprisonné en 1944, il fallait vraiment qu’il ait fait des choses graves », observe Emile Brami.
Rosembly finit pourtant par sortir de prison et file se faire oublier un temps de l’autre côté de l’Atlantique. Une légende prétend même qu’il deviendra une sorte de gourou en Californie. Plus t**d encore, il aurait travaillé pour Dior. Des habitants de Poggiolo, où il revint s’installer à la fin de sa vie, se souviennent l’avoir vu méditer pieds nus dans la montagne et se baigner dans le plus simple appareil dans la fontaine du village. Il meurt en 1990, emportant avec lui tous ses secrets.
La piste corse
Un homme, pourtant, va tenter de les percer. Une dizaine d’années plus t**d, Emile Brami, qui tient alors sa librairie « célinienne » du côté de Montparnasse, essaie de remonter la piste Rosembly. « En 1999, j’ai identifié 160 Rosembly dans l’annuaire et leur ai écrit, raconte-t-il. Un jour, j’ai reçu une réponse qui m’a permis de retrouver la fille d’Oscar, Marie-Luce. Elle habitait à Corte, et pendant des années nous avons conversé par téléphone une fois par semaine. Elle m’a dit que son père conservait des archives dans des boîtes entreposées dans sa maison du maquis. Elle m’a parlé de Casse-pipe et de La Volonté du roi Krogold. Quand je lui ai demandé à voir ces pièces, elle a tout d’abord semblé accepter, avant de se rétracter au dernier moment. Je n’ai jamais pu la rencontrer physiquement. »
Ayant eu vent de cette piste, l’auteur de ces lignes sollicite à son tour Marie-Luce Rosembly. En 2003, une première rencontre a lieu à Paris, puis une autre à Corte, avec l’espoir d’accéder enfin aux fameuses « boîtes ». Mais, au dernier moment, la visite prévue dans la maison corse d’Oscar Rosembly est annulée. Marie-Luce Rosembly a elle aussi emporté ses mystères avec elle : elle s’est éteinte le 4 novembre 2020, à Corte.
Les manuscrits exhumés par Jean-Pierre Thibaudat proviennent-ils, directement ou après quelques détours, d’Oscar Rosembly ? Ou, autre piste, viennent-ils d’Yvon Morandat, un grand résistant, proche de Jean Moulin, qui, début septembre 1944, réquisitionne l’appartement de Céline dans lequel il vivra ensuite plusieurs années ? L’écrivain lui-même l’a suspecté un temps : « Mon occupant rue Girardon m’a foutu à la poubelle la suite manuscrite de Guignol’s et encore trois autres romans en train ! C’est un dénommé Morandat ami de De Gaulle », écrit-il le 4 septembre 1947 à son ami Henri Poulain.
Mais lorsque le romancier rentre en France, en 1951, après son exil danois et l’amnistie dont il vient de bénéficier, Morandat le contacte pour lui restituer des manuscrits trouvés rue Girardon. Refus de Céline : selon lui, il ne s’agirait que d’« épreuves-brouillons ». « Ce sont les définitifs manuscrits qui m’ont été secoués par les épurateurs chez moi ! Vous savez que je fais taper trois ou quatre fois de suite mes chers romans, j’épure, j’épure, j’épure, un boulot de Chinois ! », écrit-il, furieux, à son ami Pierre Monnier, le jour de Noël 1950. Morandat souhaite aussi lui restituer ses meubles, entreposés dans un garde-meuble depuis la guerre. Là encore, refus obstiné de Céline.
Coup de théâtre
Alors, Rosembly ? Morandat ? Ou, pourquoi pas, d’autres « résistants » montmartrois qui auraient subtilisé les documents plus tôt, en juin ou en juillet 1944 ? L’homme mystérieux qui les a remis au journaliste de Libération serait-il le descendant de l’un d’entre eux ? « Secret des sources », répète Thibaudat. Une chose semble certaine, néanmoins : les « manuscrits Thibaudat » sont bien ceux qui étaient posés sur l’armoire de la rue Girardon. Et ce sont eux qui, en 2021, se retrouvent donc au cœur d’un imbroglio judiciaire.
A la suite de la plainte pour recel déposée par les ayants droit de Céline, Jean-Pierre Thibaudat est convoqué, en mars, au siège de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) à Nanterre. Comment est-il entré en possession de ces manuscrits, lui demandent les enquêteurs ? « Secret des sources ». Mais, coup de théâtre, le journaliste n’est pas venu les mains vides. Il a décidé de remettre à la justice la totalité des documents en sa possession.

Ce jour-là, cinq policiers comptabilisent un à un les feuillets. Il leur faudra plus d’une heure pour mener à bien cette tâche… « Vous savez, je ne me suis jamais senti propriétaire de ces manuscrits, assure M. Thibaudat au Monde. J’en ai été le dépositaire accidentel. Ma seule crainte était qu’ils disparaissent dans un incendie. Mon plaisir a été de les retranscrire pendant des années et des années. Cela n’a pas de prix. »
Quelques semaines plus t**d, les enquêteurs mandatent la directrice du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France (BNF), Isabelle Le Masne de Chermont, pour expertiser ces documents. Verdict : ils sont bien de la main de Céline. Le procureur de la République ordonne qu’ils soient restitués aux ayants droit de Lucette Destouches. Le 19 juillet, Véronique Chovin et François Gibault se rendent donc au siège de l’OCBC. Ils en repartent avec trois grands sacs Carrefour remplis de pages.
« Ce fut un moment très particulier, raconte Véronique Chovin. Tout le monde pensait que ce trésor avait définitivement disparu. Enfin, non, pas tout le monde. Lucette me disait souvent : “Tu verras, après ma mort, des choses vont ressortir !” Elle avait raison. » François Gibault peine lui aussi à cacher son trouble : « Avoir enfin entre les mains ces pages noircies par Céline est très émouvant. Une fois de plus, même si beaucoup en doutaient, Céline avait dit vrai : on lui avait bien volé ses manuscrits à la Libération. »
Que vont-ils devenir ? François Gibault et Véronique Chovin envisagent de donner l’intégralité de Mort à crédit à la BNF sous forme de dation, ce qui permettrait au passage de régler les frais de succession inhérents à cette découverte. Ce manuscrit rejoindrait ainsi celui de Voyage au bout de la nuit, préempté par l’Etat en 2001 lors d’une vente aux enchères, où il s’était envolé à plus de 1,8 million d’euros. Quant aux autres manuscrits, ils devraient faire l’objet de publications, sans doute chez Gallimard. Les éditions de Céline en « Bibliothèque de la Pléiade » devraient également être revues, tant ce nouveau fonds va modifier tout ce que l’on croyait connaître de la genèse de ses romans, à commencer par celle de Voyage au bout de la nuit.
Soixante ans après sa mort, du fond de sa tombe du cimetière des Longs-Réages, à Meudon (Hauts-de-Seine), Louis-Ferdinand Céline doit savourer cet incroyable coup du destin. Et se remémorer sa supplique prophétique : « Hé, je voudrais qu’on me rende ! » C’est désormais chose faite."
Jérôme Dupuis

Disparus en 1944, des milliers de feuillets inédits de l’écrivain, auteur de « Voyage au bout de la nuit » et de « Mort à crédit », viennent de resurgir dans des circonstances étonnantes. « Le Monde », qui révèle cette découverte, a remonté leur piste de la Libération à aujourd’...

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Commentaires

Bonjour, voici un appel à texte très particulier… qui peut intéresser vos « élèves » à participer 😊. Il est aussi mon coup de gu**le après ce qu’il s’est passé… Voici les informations avec ce lien
Jeudi 7 novembre, 19 heures, à la médiathèque Violette Leduc (75011), rencontre avec l'éditrice de la jeune maison d'édition Une heure en été. Vous avez un manuscrit dans le tiroir ? C'est peut-être le moment. https://www.facebook.com/events/422696365041999/
CYCLE MAISON(S) ET MIGRATIONS. Demain mardi 27 mars, de 18h à 19h30, à la Recyclerie (18eme) Annick DALI animera un atelier d'écriture sur le thème de la maison. Poèmes, fictions, témoignages, dessins pour les plus jeunes... Les textes pourront-être publiés dans le cadre d'un projet mené par l'association Terre d'Ancrages - HomeForAll, qui organise ce cycle autour du thème "Maison(s) et Migrations... Qu'est-ce qu'habiter ?". Annick est une femme réfugiée ivoirienne qui vient spécialement de Lyon pour animer cet atelier, qui promets d'être très riche en réflexion et en inventivité ! Petits et grands bienvenus, et réservation vivement conseillée