EPCI Ecole d'enseignement de la Psychanalyse Freudienne, accessible aux personnes désirant acquérir les notions de base de la psychanalyse en des termes rigoureux et accessibles : sous forme de cours, journées, groupes, etc...

L’EPCI propose chaque année sur des thèmes différents avec des personnalités différentes : Une journée d’Etude Des Journées Formation un mardi par mois au 3 place Maurice de Fontenay à Paris Des cours les lundis soirs à partir de 19h30, à l'Hopital des Diaconnesses, rue de reuilly.

Mission: Offrir au public des notions de base de la psychanalyse en des termes rigoureux et accessibles, quelle que soit leur formation ou leur profession. Aucun niveau d'études particulier n'est requis

11/01/2019

Œdipe est de retour

Je n’ai pas entendu beaucoup de réactions du monde psychanalytique à propos des gilets jaunes. Et pourtant ! Elle fait immédiatement penser au fameux complexe d’Œdipe !
Notre Président a osé épouser une femme qui est un équivalent maternel si l’on tient compte de la fonction qu’elle exerçait et de son âge. Au moment où il s’est imposé sur la scène publique avec le brio que l’on sait, on a surtout mis en valeur le renversement qu’il opérait par rapport à la pratique courante où cette différence d’âge s’exerce le plus souvent au profit des hommes. C’est un fait qui a d’abord réjoui les français, au niveau manifeste en tout cas.
Car aujourd’hui, peu de temps après son élection, on assiste à une réaction inverse : une colère violente, meurtrière et irrationnelle monte contre lui et les siens qui dépasse l’entendement. Peut-être a-t-on oublié qu’en affichant ce renversement de tendance, le président bravait aussi un interdit vieux comme le monde, notre monde bien sûr, - on n’épouse pas sa mère -, et que ce défi oedipien éveillait dans l’inconscient collectif des résonances profondes. Résultat, le peuple s’est vu atteint par la peste, et pour se guérir de tous ses maux, il veut la mort de cet Oedipe Président … qui finirait bien par se crever les yeux pour de bon !
Comment conjurer ce « destin si funeste » ? Il faut d’abord regarder en face ce conflit entre l’admiration première et le rejet qui la suit. On ne change pas si facilement des pratiques machistes profondément ancrées dans les mœurs, et la revendication politique et sociale qui a sa raison d’être masque une pulsion réactionnaire à l’égard de celui qui a osé inverser aux yeux de tous une pratique ancrée depuis si longtemps dans l’inconscient collectif. Il faut aussi mesurer aussi combien cette réaction violente est le fruit de notre société du spectacle qui ne peut s’empêcher de rejouer sur la scène médiatique et d’orchestrer les conflits qui la travaillent en les englobant dans une tragédie, où l’on répond à un défi symbolique, celui du président, par un défi réel. « Il a osé, nous aussi », et à tous les propos cette fois. Ce passage du symbolique au réel fait surgir d’un coup tous les conflits au grand jour, en les confondant de telle façon qu’ils deviennent insolubles et renforcent l’image d’un président aveugle et incapable d’occuper sa fonction.
Cette situation exige enfin qu’au delà des revendications politiques et sociales, qui sont à prendre en compte bien sûr, on continue à travailler sur les fondements psychiques de notre société, à propos de la différence des sexes en particulier. Il ne suffit pas de se battre pour l’égalité au niveau social et juridique comme on le fait à juste titre aujourd’hui, encore faut-il travailler en profondeur et rappeler que nous sommes structurés sur des modèles anciens qu’on ne peut remettre en cause sans s’exposer à des réactions inconscientes qui nous dépassent. Il est plus aisé aujourd’hui d’être un Trump inscrit dans les schémas sexuels et sociaux traditionnels plutôt qu’un Macron qui incarne ostensiblement leur caractère caduc et dépassé. N’a-t-on pas fait croire un temps qu’il était homosexuel ? Un essai déjà pour le situer en marge, comme un homme à abattre !

Gérard Bonnet, psychanalyste
Directeur de l’EPCI
Auteur de Plaisir et jouissance (In Press 2018)

19/06/2018

Quand une grève n’en finit pas !

Cela semblera excessif à certains, mais je le pense sincèrement : il y a quelque chose de dramatique dans les conflits sociaux actuels, et qui me fait penser au comportement des kamikazes que j’ai longuement analysé par ailleurs. D’un côté comme de l’autre, on se réfère à des idéaux ou à des valeurs sociales hérités d’une histoire en bien des points respectable mais qui n’ont pas été actualisés et reformulés en fonction des exigences du monde actuel. D’un côté comme de l’autre, on adopte sous l’emprise de ces idéaux une attitude suicidaire qui entraîne dans sa chute, ou dans la peine, d’innombrables personnes infiniment plus vulnérables qui n’ont ni les moyens, ni la possibilité de faire entendre des exigences autrement justifiées. D’un côté comme de l’autre, on s’invente et on entretient l’idée d’un Pouvoir à abattre, en lui prêtant des pouvoirs et des intentions qu’il n’a pas.
En écoutant certains meneurs syndicaux actuels, je pense à tant de patients malades de leurs idéaux, au point de perdre le contact avec la réalité, avec leurs proches, et de mettre leur propre survie en péril. Ces personnes là, au moins, ne s’en prennent qu’à elles-mêmes et cherchent par tous les moyens comment se libérer du poids de leur passé et réinventer l’avenir.

Gérard Bonnet, Docteur en psychopathologie, Psychanalyste.
Auteur de : L’idéal, la force qui nous gouverne, Editions In Press 2017.

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20/11/2015

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20/11/2015

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15/11/2015

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23/06/2015

L’EPCI cesse ses enseignements durant l’été et jusqu’à la rentrée de Septembre où aura lieu la première journée formation le 15 Septembre, et l’Assemblée Générale, le 21 au soir. Vous pouvez toujours nous joindre d’ici là sur notre site epci-paris.fr, sur [email protected] et, à certaines heures, par téléphone, au O1 43 07 89 26. Le programme de l’année prochaine ainsi que les conditions pour y accéder sont à votre disposition sur le site.

Une bonne nouvelle !
La collection Psy pour tous aux éditions In Press

Gérard Bonnet lance à la rentrée de Septembre une collection « Psy pour tous » aux éditions In Press à partir d’enseignements donnés à l’EPCI. Cette collection met à la portée de tous les concepts psychanalytiques les plus courants. Rigoureux, mais toujours accessibles, les ouvrages de la collection sont destinés à tout public. Un plan clair, un propos accessible, des livres courts à petit prix. Pour inaugurer la collection : 2 titres : L’Angoisse et La vengeance.

21/04/2015

Nous apprenons le décès de Gérard Séverin, un des co-fondateurs de l'EPCI, et un ami de toujours. Proche de Françoise Dolto, il avait rédigé avec elle "L'Evangile au risque de la psychanalyse" et effectué avec Marie son épouse une traduction du Nouveau Testament. Il laisse le souvenir d'un homme créatif, d'un thérapeute éclairé, et surtout d'un de ces esprits ouverts et inventifs qui font honneur à la psychanalyse".

25/02/2015

Dans Charlie Hebdo, Monsieur BONNET a une interview de deux pages : DJIHADISTE ET MUSULMAN SUR LE DIVAN

08/01/2015

A propos du massacre du 7 Janvier à Charlie Hebdo.

Ces évènements nous ont tous bouleversé, et ils doivent relancer notre travail et notre réflexion sur l'inconscient humain dans ses tréfonds les plus inaccessibles. Voilà des années que nous nous demandons à l'EPCI d'où vient que les idéaux peuvent se transformer en armes de mort : Journées 2008 : Les idéaux et leur pouvoir, 2013 : le retour du religieux. Livres : Les idéaux fondamentaux, en 2010, Soif d'idéal avec un chapitre sur "la cruauté des idéaux" où il est question du fondamentalisme musulman en 2012.
Il ne suffit pas comme on le fait spontanément aujourd'hui d'invoquer les idéaux qui nous animent, - liberté, respect de la vie, etc. - les intégristes nous en opposeront d'autres auxquels ils croient autant que nous et parfois plus encore. Il en a été ainsi dans toutes les formes de guerre. Il s'agit de repérer que ces idéaux sont toujours à double face, et qu'on s'entretue depuis des siècles en leur nom. Ceux-là mêmes qui nous agressent le font en s'appuyant inconsciemment sur les valeurs que nous invoquons, mais en les utilisant à leur façon. L'idéal devient dangereux dès lors qu'il se trouve confondu au point d'être figé avec une personne , un système, une structure, un combat quel qu'il soit, ou se trouve dévoyé d'une façon ou d'une autre. Il le devient aussi quand il ne peut plus être parlé, échangé, à travers des mots, des images, des sentiments, en tenant compte du fait que personne n'en a la vérité.

Gérard Bonnet

07/10/2014

La journée d'Etudes sur "la question du désir" a réuni plus de 120 personnes qui ont apprécié la variété et la richesse des interventions, ouvrant la voie à de nombreux et fructueux échanges entre approches différentes. On peut commander le compte rendu qui sera publié dans quelques semaines (12E. + 2,55 de port).

23/09/2014

Dans le dernier Psychologie Magazine, Cécile Guéret parle de notre prochaine journée d'Etudes en ces termes :

Journée du SAMEDI 4 Octobre 9h/17H

"La question du désir...

C'est le thème de la journée de l'EPCI. Malgré son nom compliqué, l'Ecole de propédeutique à la connaissance de l'Inconscient propose des enseignements accessibles sur la psychanalyse freudienne. D'excellente qualité, leurs cours sont ouverts à tous. Pas besoin non plus d'être psychanalyste pour assister à leur colloque annuel, même si la profession forme le plus gros des auditeurs.

Cette année, Gérard Bonnet, Paul-Laurent Assoun, Denise Bouchet-Kervella, Monique Schneider et Marjolaine Hatzfeld décortiquent le désir entre pulsion, jouissance, perversion et trauma"



Il y a encore des places, alors n'hésitez pas à vous inscrire!!!

02/09/2014

Attention ! Le déroulement de la journée d’Etudes du 4 Octobre sur « la question du désir » ne sera pas celui qui est indiqué sur les dépliants initiaux, mais celui qui figure sur le site.
MATIN

9h - Gérard BONNET, Psychanalyste (A.P.F.), Directeur de l’E.P.C.I.
“Dis moi quel est ton désir...”

9h15 - Marjolaine HATZFELD, psychanalyste
De Freud à Lacan : Pulsion, Désir et Jouissance

11:00 Paul-Laurent ASSOUN, Psychanalyste, Professeur à Paris VII
“De l’objet de la demande au sujet du désir”.
L’ordre du désir inconscient

APRES MIDI

14h Denise BOUCHET-KERVELLA, psychanalyste, SPP
Désir et sexualité perverse

15h30 - Monique Schneider, psychanalyste SPF
Désir et trauma

17:00 Conclusions et Fin

10/06/2014

* APPEL POUR LES SOIREES DU LUNDI

Nous avons lancé l’an dernier les 12 soirées du lundi consacrées chacune à une notion clé pour remplacer les trois cours du soir par une formule moins lourde, mais aussi plus riche (3 enseignants).

Ces soirées ont été unanimement appréciées par les participants qui ont souhaité qu’on les poursuive cette année, et nous proposons un programme 2014/2015 ouvrant à des notions nouvelles avec des intervenants reconnus et appréciés.

Pour que nous puissions faire face aux frais que nécessite cet enseignement de qualité, il est toutefois indispensable qu’il y ait de nouvelles inscriptions. C’est pourquoi nous lançons un appel pour que vous le proposiez autour de vous par tous les moyens qui sont à votre disposition. Vous pouvez nous demander des prospectus par un simple e.mail.

06/06/2014

Notre nouveau programme est en ligne!!
Merci de le diffuser et de nous faire connaître le plus largement possible.

06/05/2014

La prochaine journée formation sera donnée par P-L ASSOUN sur LA CLINIQUE DE LA HAINE.
Notre nouveau programme est en ligne sur notre site internet. Nous le mettrons prochainement afin que vous ayez les intitulés.

01/04/2014

La prochaine journée formation aura pour thème L'adolescence et la créativité et elle sera animée par P. Gutton.

26/11/2013

Commentaire de Gérard Bonnet sur la soirée du Lundi consacrée à La répétition par J-D Nasio


A propos
du livre de Jean-David Nasio

« L’inconscient, c’est la répétition »[1]


Gérard Bonnet

Jean David Nasio vient de publier un ouvrage sur La répétition, qu’il place au cœur du processus analytique. Pour Freud, très tôt, la répétition fait partie de ce qu’il appelle les processus primaires, - refoulement, déplacement, projection -, qui régissent notre activité inconsciente depuis les origines. Chez l’enfant en tout cas, c’est un processus capital, constructif, qui est constamment à l’oeuvre dans sa maturation. On le retrouve dans l’une des expressions les plus courantes qu’on appelle « le comique de répétition ». Visiblement, la répétition est en elle-même porteuse de plaisir, surtout quand elle trouve à s’exercer de façon constructive. Elle est aussi au fondement de tous les apprentissages : « cent fois sur le métier remettez votre ouvrage » ! Les musiciens en savent quelque chose qui répètent et répètent mille fois le même morceau jusqu’à ce qu’ils fassent en quelque sorte corps avec lui. Toutefois, dans la seconde partie de son œuvre, Freud va considérer la répétition d’un autre point de vue, en insistant cette fois sur son côté compulsif et même à la limite mortifère. Pourquoi ? Parce qu’avec le temps, il est frappé par le caractère incontrôlable de cette répétition, qui finit en certains cas par devenir une répétition de mort.

Jean-David Nasio revient sur cette notion pour y apporter quelques accents inédits : d’abord, il pousse à l’extrême la position freudienne : il ne dit pas, il y a de la répétition dans l’inconscient, ou la répétition est un processus typique, mais « l’inconscient, c’est la répétition ». Et cela c’est vraiment nouveau et vaut donc la peine qu’on s’y attarde. Ensuite, il s’agit toujours à ses yeux de la répétition d’un affect, un affect porteur de jouissance, et qui entre dans une double série d’expression – horizontale et verticale en quelque sorte -. Cet affect a sa source dans un état premier qu’il situe du côté du réel au sens où l’entend Lacan, autrement dit dans l’indicible, que l’analyse doit chercher à rejoindre. A charge justement pour la répétition de faire entrer cet affect dans le fantasme et le discours grâce à la relation à l’autre. L’auteur insiste enfin pour que l’analyste se montre très attentif aux conditions dans lesquelles se manifeste cette répétition, à ses débuts, à sa mise en scène, à ses détails, aux petites différences qui se manifestent au fil du temps. C’est la seule façon d’en faire une répétition de vie et de la rendre vivable et même féconde pour le sujet. Jean-David Nasio estime enfin que le sujet humain est indissociable de cette répétition, qui est pour Lacanconstitutive du sujet.

Ma première réflexion ira droit au cœur de la thèse du livre, quand il énonce : l’inconscient, c’est la répétition et qu’il en fait le processus par excellence. Je pense que c’est en effet une clé extrêmement précieuse pour aborder les symptômes ou les comportements humains les plus courants, je m’en suis aperçu quand j’ai rédigé les trois articles consacrés à la répétition dans le Dictionnaire International de la Psychanalyse, et surtout quand j’ai écrit mon livre sur la pornographie Défi à la pudeur. Dans ce livre, j’ai consacré un chapitre à la répétition pour expliquer pourquoi certains sujets, les adolescents en particulier, se laissent aller à regarder des images pornographiques de façon répétitive, compulsive, au point que cela devient même parfois une véritable addiction. C’est un comportement qui stupéfie les parents et même certains thérapeutes qui ne savent pas comment réagir. Cette situation me paraît exemplaire, car elle prouve clairement le lien entre répétition et sexualité. Mais pas n’importe quelle sexualité. Car malgré les apparences, ce n’est pas tant la sexualité génitale qui provoque l’addiction à la pornographie, c’est ce que j’appelle la sexualité fondamentale, celle qui anime le ça en profondeur, un ça qui jouit davantage de la répétition que du sexe proprement dit[2]. Dès qu’un événement, une impression, une pratique tombe sous l’emprise de la répétition, et donc du ça, elle fait le jeu de cette jouissance inconsciente et on perd toute prise sur elle. C’est l’origine de toutes les addictions.

Par contre, je dois reconnaître que je n’ai pas toujours associé aussi étroitement que Jean-David Nasio la répétition à l’affect, au point de faire de la répétition la répétition d’un affect. Et il se trouve que c’est un éclairage fort précieux, surtout avec les adolescents. Car on est souvent attentif au scénario répétitif, à l’image, comme dans la pornographie que je viens d’évoquer, et on laisse de côté l’émotion que le sujet essaie de mettre en place et de vivre par ce moyen là. Et ce n’est pas simplement en critiquant les images pornographiques qu’on aidera l’adolescent à s’en dégager, c’est surtout en cherchant avec lui quelle est l’angoisse et plus précisément l’affect qu’il s’efforce de contrôler par ce moyen là. Au lieu simplement de leur dire : « arrête de regarder ces scènes », mieux vaut les inviter à parler du malaise qu’ils cherchent à colmater par ce moyen et qui varie bien sûr en fonction de chacun.

Le livre de J.-D. Nasio rappelle aussi que lorsqu’on n’y parvient pas, la répétition débouche facilement sur une mise en acte, C’est un fait que Freud a clairement explicité en 1914. Mais pas au sens immédiat forcément. Pour l’addiction à la pornographie par exemple, il ne faut pas en déduire que le jeune va mettre immédiatement en acte ce qu’il a vu et répété ; cela signifie plus simplement qu’il va être tenté d’agir sa sexualité sur le même modèle. Il faut entendre les ados demander s’il faut nécessairement en passer par telle ou telle pratique comme ils l’ont vu faire mille et une fois sur leurs écrans : c’est le plus problématique de la situation. Heureusement, ce n’est pas inéluctable. Lacan a sur ce sujet une formule très expressive : « la répétition est l’effet qui se produit d’une tâche inachevée ». Ou comme le dit autrement Freud, « là où était le ça, le moi doit advenir ». Une évolution est donc possible, mais à deux conditions. La première constitue un préalable : il s’agit pour le sujet de fantasmer, de scénariser ce qu’il ressent. Dans le cas des images pornos, le principal problème est qu’elles collent à la réalité, court-circuitent l’imaginaire et poussent le jeune à pratiquer la sexualité dans les mêmes conditions. Alors que l’intervention de l’imaginaire et des rêves facilitent l’invention, la créativité et ouvrent la sexualité à sa véritable dimension. L’autre condition pour que la répétition évolue est qu’on puisse la parler, la faire entrer dans le discours, autant qu’il le faudra. Et cela vaut pour toutes les situations, en particulier celle de l’analyse. Je n’ai pas besoin de dire que cette insistance de la répétition est à la fois ce qu’il y a de plus productif mais aussi de plus lourd dans notre travail clinique. Un analysant se répète, et se répète parfois durant des séances, des mois, des années, et ce n’est pas toujours facile à vivre. Pourtant, c’est grâce à cette répétition inscrite dans le transfert que peu à peu il émerge de répétitions inconscientes dont il n’avait pas la moindre idée. Je cite dans Défi à la pudeur cette femme qui me disait qu’à chaque fois qu’elle entrait dans une église elle se mettait à pleurer … sans trop savoir pourquoi. Un jour elle a dit : « c’est fini, je ne pleure plus, je ne sais pas trop pourquoi non plus, mais c’est terminé ».

Ceci dit, il arrive aussi parfois que nous nous trouvions face à une situation inverse : une répétition bloquée, impossible, et je parlerai alors volontiers d’un négatif de la répétition : c’est l’expérience que l’on fait avec l’oubli, la panne, le blanc. Or c’est intéressant aussi, car on perçoit très bien ici le lien entre la répétition et l’affect. Si la répétition est bloquée dans l’oubli par exemple, c’est qu’elle est sous l’emprise d’un affect qui pose particulièrement problème et qu’on cherche à réprimer à tout prix. On le constate avec le fameux oubli Signorelli que Freud rapporte au début de son livre sur La psychopathologie de la vie quotidienne : il ne parvient pas à retrouver le nom du peintre qui a représenté le Jugement dernier à Orvieto en Italie, et il invoque de multiples raisons actuelles en se fondant sur le mot lui-même et les évènements récents. Il n’est pas question d’affect à proprement parler dans tous ses développements. En fait, les analyses ultérieures l’ont bien montré, le jugement dernier fait surtout surgir chez Freud l’angoisse liée au souvenir de Julius, son petit frère décédé, dont il a désiré la mort. C’est donc l’affect de remords qui vient bloquer le souvenir et la répétition du mot. En fin de compte, l’analyse de cet oubli va faciliter la transformation de ce remords de mort bloquant, paralysant, en remords de vie, sans qu’il en soit explicitement question.

En réalité, on a affaire dans ces cas là à deux types de répétitions, deux modalités, qui se trouvent en conflit et qui entretiennent l’affect : pour Freud il s’agit de la répétition d’un désir de mort toujours actif et lié à ce frère disparu. Mais il s’agit aussi de la répétition de l’interdit, ou plus précisément de l’idéal de respect de la vie de l’autre, qui vient lui faire obstacle et qui freine la remémoration[3]. Si le nom est oublié, c’est parce qu’il est sous le coup d’un affect porté par deux impératifs contradictoires. Feud est donc aux prises avec deux répétitions qui s’entrecroisent, qui se contredisent, et le moi fait tout ce qui est en son pouvoir pour fuir le conflit, et l’analyse de cet oubli a certainement facilité son évolution. Car la poussée à faire disparaître l’autre, le rival, le gêneur a tenu un grand rôle dans sa vie, elle va le conduire à évacuer régulièrement ses proches ou collaborateurs quand ils deviennent encombrants : Breuer, Fliess, Jung et bien d’autres. Mais attention : s’il les évacue, il les laisse en vie d’une certaine façon, il leur laisse une seconde chance. Ce qui veut dire qu’il est parvenu à inscrire la répétition de ce fantasme de mort dans son existence sans qu’elle prenne des proportions réelles. C’est ce que j’appelle un remords de vie. Alors qu’un remords de mort l’aurait entraîné dans des conflits sans fin avec ces hommes, à la vie à la mort, et l’aurait empêché d’avancer.

Le livre de J.-D. Nasio met aussi bien en valeur une caractéristique typique de la répétition inconsciente : elle se construit toujours en relation. C’est vrai dans les deux modalités contradictoires que je viens d’évoquer. Avec Freud, on a affaire à la répétition d’un désir de mort et à la répétition d’un idéal de respect de la vie de l’autre. Le premier, le désir de mort, a pris corps dans la relation au frère décédé, le second, l’idéal de respect de la vie, a été intériorisé dans la relation à la mère qui bien évidemment mettait la vie de son enfant par dessus tout. C’est en reconstituant les conditions de ce double transfert d’origine dans son autoanalyse que Freud va trouver le compromis que je viens d’évoquer : mettre l’autre à mort, mais de façon symbolique, relative, avec son ami Fliess en particulier. On oublie souvent que l’inconscient est habité à la fois par des pulsions de violence, d’emprise, et par des pulsions répressives fondées sur des interdits et des idéaux. Freud a mis beaucoup de temps à en prendre acte, en introduisant les notions de surmoi, d’idéaux du moi, etc. Or ces pulsions répressives sont également inconscientes et sont aussi tenaces et répétitives que les autres.

J’ai aussi été frappé par l’insistance que met J.-D. Nasio à affirmer que l’analyste doit « s’identifier émotionnellement au ressenti inconscient du patient » (p. 23). Il écrit qu’il doit être « un frère en émotion », en particulier en certains moments forts de la cure. C’est un fait qui m’a toujours interrogé, et cela pour une raison qui tient à mon histoire : lorsque j’ai commencé à pratiquer l’analyse, j’ai fait mon premier contrôle avec Lacan, et il affirmait à l’époque qu’il fallait se garder de se laisser prendre aux affects. C’était du genre : « laissez l’affect à l’analysant, restez zen, et tirez le plus possible du côté des signifiants ». La froideur et la distance étaient de rigueur, froideur que l’on retrouve d’ailleurs chez ceux qui pratiquent les séances ultra courtes aujourd’hui. Pour ma part, je me suis vite aperçu que ce n’est pas aussi simple : c’est vrai, l’analyste a tout intérêt en bien des cas à garder la tête froide, à ne pas se laisser impressionner, sinon il ne tiendrait pas longtemps la route. C’est le cas en particulier avec les pervers, dont j’ai une longue expérience. Mais l’inverse est aussi vrai : il est des moments de l’analyse où il faut se laisser toucher par l’affect, et ce sont souvent des moments féconds, décisifs. D’ailleurs, les analysants ne nous laissent pas le choix. En voici deux exemples qui me semblent parlants.

Je pense d’abord à une obsessionnelle, que je suivais depuis un bon moment en dispensaire, et qui, après quelques progrès, s’est installée dans une répétition monotone, épuisante. Et voilà qu’un jour, j’ai été convoqué par le chef du service. Une des amies de la patiente était venue se plaindre auprès de lui, en affirmant que ma patiente allait de mal en pis et que j’étais en train de la détruire, rien que ça ! Heureusement, le chef de service en question était assez averti pour ne pas s’alarmer et il a bien réagi. Il n’empêche, j’ai accusé le coup, d’autant que bien sûr, le personnel avait eu vent de l’affaire et que certains se sont interrogés. Après cette entrevue, j’ai informé ma patiente de la démarche de son amie, et elle, très ennuyée, a fini par reconnaître qu’elle avait provoqué indirectement cet incident : elle avait voulu me toucher, me déstabiliser émotionnellement, m’obliger à ressentir des émotions qu’elle avait souvent subies dans le cadre de la relation à son père. Cet épisode a relancé l’analyse au point qu’elle s’est terminée favorablement dans les mois qui ont suivi.

L’autre exemple est celui d’un phobique. Un vrai. Il ne pouvait prendre aucun moyen de transport, même pas l’ascenseur, et lui aussi, après un bon début, stagnait quelque peu dans l’analyse. Il se fait qu’à cette époque, j’ai déménagé, et me suis retrouvé au 7ème étage d’un immeuble. La première fois où il lui a fallu venir à ce nouveau lieu, il a beaucoup hésité, mais face au nombre d’étages, il s’est résolu à prendre l’ascenseur. De mon côté, je l’attendais à l’heure fixée, persuadé qu’il monterait à pieds comme il le faisait d’ordinaire. Mais il se faisait attendre, et soudain, j’ai entendu du bruit venant de l’ascenseur, et des gens se démener pour intervenir. L’appareil était tombé en panne au beau milieu de son parcours. Inutile de dire l’angoisse qui m’a pris en imaginant mon patient phobique en pareille situation. Je craignais le pire. Finalement il est arrivé, quelques minutes avant la fin de sa séance, il s’est allongé, et il a été pris d’un fou rire incontrôlable. Et devant mon désarroi, il m’a simplement dit : « quand je me suis retrouvé bloqué dans l’ascenseur, j’ai d’abord été terrorisé, puis j’ai pensé immédiatement à vous, et j’ai imaginé la tête que vous alliez faire. Et depuis ce moment là, je ne parviens pas à m’arrêter de rire … » A partir de ce jour là, son symptôme phobique s’est considérablement apaisé jusqu’à quasiment disparaître. Au total, l’analyste joue ici sur les deux tableaux : il accepte d’être saisi par l’affect, et en même temps, il garde une certaine distance pour être capable d’encaisser et de tirer l’analysant de la situation dans laquelle il était englué.

Cet exemple me permet de revenir sur un processus qui joue un rôle capital dans l’évolution de la répétition : l’inversion d’affect en cours de répétition. C’est finalement ce à quoi nous travaillons. Ici, le phobique passe de l’angoisse d’enfermement à la jubilation quand il peut la faire subir à l’autre. Tout à l’heure, il s’agissait de passer d’un remords de mort à un remords de vie. Freud a bien analysé ce processus dans L’interprétation du rêve où il montre comment le rêve a cette capacité de transformer l’affect en son contraire dans les situations les plus délicates. C’est la transformation de la honte en fierté par exemple. L’un des avantages de la cure est de faciliter ce genre de rêve et cette évolution.

Je terminerai en apportant une autre précision qui concerne cette fois le rôle de l’analyste. Je viens de dire qu’il lui faut souvent jouer sur deux tableaux : se laisser prendre à l’affect et partager le contenu émotionnel de la répétition, tout en restant suffisamment neutre pour faciliter l’évolution du patient. En réalité, son rôle est souvent plus complexe encore, et il n’est pas toujours évident à vivre dans la clinique courante. C’est un fait qui m’est apparu clairement dans un cas d’analyse assez particulier, la Psychanalyse d’un meurtrier qui va connaître une nouvelle édition au mois de Mai dans la collection que dirige J.-D. Nasio chez Payot. J’insiste dans ce livre sur le moment le plus fort et le plus décisif de cette analyse. Je pense qu’il ne peut y avoir d’analyse aboutie d’un délinquant aussi grave sans qu’il raconte très précisément à un moment donné l’acte qu’il a commis. Bien plus, il faut en quelque sorte qu’il le répète, dans le transfert bien sûr. Souvent, il n’y est jamais parvenu avec personne jusque là, ni avec les policiers, ni avec les juges, avec lesquels il biaise toujours d’une façon ou d’une autre. Or, l’analyse restera lettre morte s’il n’y parvient pas réellement à un moment donné. C’est la seule façon d’exorciser la répétition et donc, dans le cas présent, la récidive. Cela peut demander des années, mais ça me paraît capital. J’appelle ce moment : « la reconstitution du crime » comme il s’en fait pour les procès d’Assises. Mais ce n’est pas évident. Dans un moment comme celui-là, l’analysant est conduit à raconter au cours d’une séance dans les moindres détails comment il a tué ou massacré sa victime. Pour l’analyste qui est face à lui, c’est un moment extrêmement éprouvant. D’abord parce qu’en entendant raconter aussi crument dans le huis clos de la séance comment la victime a été mise à mort, il ne peut pas faire autrement que se mettre dans la peau de celle-ci et éprouver une véritable terreur. En même temps, il sent réagir en lui l’interdit que l’analysant a bafoué, et ça le révolte. Autrement dit, il est pris dans les deux mouvements contradictoires de la répétition dont j’ai parlé précédemment. Et en plus, il doit pouvoir écouter le récit de bout en bout, sans l’arrêter, en donnant à l’analysant l’impression qu’il a été entendu et perçu dans les moindres détails. Il doit faire comme si de rien n’était. En un mot, il adopte ce que l’on appelle une personnalité multiple : victime, censeur et témoin, et c’est parce qu’il adopte cette triple position que l’analysant criminel va pouvoir sortir de la répétition mortifère. Car l’affect est à la fois partagé dans toutes ses dimensions, et suffisamment élaboré face à un tiers pour qu’il soit transformé. C’est ce qu’un livre autrefois appelait « la solution du passage à l’acte ». Le transfert et la répétition se jouent ici à trois niveaux, celui du moi, neutre chez l’analyste, celui du surmoi et des idéaux qu’il incarne à son insu et qu’il lui faut ratifier, et celui du ça qui bouillonne d’affects auquel il lui faut à certains moments se laisser prendre réellement s’il veut que les choses avancent, sans quitter pour autant les positions précédentes. J’ai consacré toute une partie de mon livre sur Le transfert dans la clinique psychanalytique à analyser ce que j’appelle les trois registres sur transfert[4].

On l’aura compris, le livre de Jean-David Nasio n’est pas seulement une mise au point précise et documentée sur la question de la répétition, il mérite amplement réflexion car il éveille des échos dans tous les domaines de la clinique. Reprenant une des notions les plus classique de l’abord freudien, il réussit à la revisiter de telle façon qu’elle devienne un véritable levier dans l’écoute et l’analyse des comportements humains les plus problématiques, et permette de les transformer. C’est enfin un témoignage clinique exemplaire dans le contexte des écrits psychanalytiques actuels qui atteignent rarement un tel degré d’intensité.

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