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ʿIzz al-Dīn ʿAbd al-ʿAzīz b. ʿAbd al-Salām (m. 660/1261), le sultan des savants (partie 3)Lorsque le célèbre sultan et c...
05/05/2020

ʿIzz al-Dīn ʿAbd al-ʿAzīz b. ʿAbd al-Salām (m. 660/1261), le sultan des savants (partie 3)

Lorsque le célèbre sultan et chef de guerre Baybars prit le pouvoir à la suite de la mort de Quṭuz en 658/1260 (quelque temps seulement après la victoire de ʿAyn Jālūt), il fit réunir les notables, les oulémas et les émirs afin de recevoir la bayʿa (l’allégeance). Parmi eux se trouvait al-ʿIzz b. ʿAbd al-Salām qui demanda, sans ambages, à Baybars son certificat d’affranchissement étant donné qu’il le connaissait seulement comme le mamelouk de l’émir Bunduqdār. Le fait d’être libre étant une condition sine qua none dans les règles de la jurisprudence (fiqh) de certains madhhabs pour pouvoir prétendre gouverner. Parmi le grand nombre d’émirs, de commerçants, de juristes et de savants présents à la séance de la vérification de la généalogie du calife abbasside al-Mustanṣir, qui avait trouvé refuge au Caire après la prise de Bagdad par les Mongols en 656/1258, Ibn ʿAbd al-Ẓāhir ne cite que quelques noms dont celui d’al-ʿIzz b. ʿAbd al-Salām, signe de la grande importance du personnage. Selon Tāj al-Dīn al-Subkī, le califat abbasside du Caire ne fut instauré au Caire qu’avec son accord. Sur son lit de mort, al-ʿIzz b. ʿAbd al-Salām conseilla que soit nommé à la tête des cadis Tāj al-Dīn ʿAbd al-Wahhāb b. Bint al-Aʿazz. Il mourut en début jumādā I 660/avril 1262 et sa renommée et célébrité fut telle que dans tout le Proche-Orient, du Yémen à la Syrie en passant par l’Égypte et la région de l’Euphrate, les gens firent la prière funréraire en son nom. L’aura et la prestance d’al-ʿIzz b. ʿAbd al-Salam semble avoir été considérable chez Baybars qui, toujours d’après Tāj al-Dīn al-Subkī, le vénérait : Baybars ne fit allégeance au calife abbasside al-Mustanṣir qu’après qu’al-ʿIzz ne l’ait fait et il aurait dit, après la prière funéraire réalisée sur le cheikh :
«اليوم استقرّ أمري في المُلْك؛ لأنّ هذا الشيخ لو كان يقول للناس :"اخرجوا عليه لأنْزع المُلك مني.»

« À partir d‘aujourd’hui ma situation est stable parce que ce cheikh s’il avait dit (de son vivant) au gens : “sortez contre lui”, il m’aurait enlevé le pouvoir. »

Sources:
Ibn ʿAbd al-Ẓāhir, al-Rawḍ al-zāhir fī sīra al-malik al-Ẓāhir
Al-Nuwayrī, Nihāyat al-arab fī funūn al-adab
Tāj al-Dīn al-Subkī, Tabaqāt al-shāfiʿiyya al-kubrā

ʿIzz al-Dīn ʿAbd al-ʿAzīz b. ʿAbd al-Salām (m. 660/1261), le sultan des savants (partie 2)Tāj al-Dīn al-Subkī (m. 771/13...
02/05/2020

ʿIzz al-Dīn ʿAbd al-ʿAzīz b. ʿAbd al-Salām (m. 660/1261), le sultan des savants (partie 2)

Tāj al-Dīn al-Subkī (m. 771/1370) rapporte dans ses Ṭabaqāt al-shāfiʿiyya que lorsqu’al-ʿIzz b. ʿAbd al-Salam prit ses fonctions de juge suprême en Égypte, il décida de mettre en vente des émirs mamelouks pour lesquels on n’était pas sûrs qu’ils avaient été affranchis et fussent des hommes libres. Al-ʿIzz b. ʿAbd al-Salam considérait que le statut d’esclave devait leur être appliqué au bénéfice du bayt al-māl (Trésor public). Les émirs mamelouks furent choqués en apprenant la nouvelle et la situation s’empira pour eux puisque le shaykh al-ʿIzz b. ʿAbd al-Salam décida de considérer comme illégal tout achat, vente ou mariage que les émirs voudraient réaliser du fait de leur statut d’esclave. Furieux, ces derniers se réunirent et décidèrent d’envoyer un des leurs au shaykh pour discuter et trouver un compromis; l’envoyé eut comme seule réponse de la part d’al-ʿIzz la confirmation qu’il allait organiser une vente aux enchères pour y vendre lesdits émirs ! Ces derniers portèrent l’affaire devant le sultan lequel convoqua le shaykh qui ne changea pas sa position d’un pouce. Face à une telle détermination, le lieutenant du sultan entra dans une colère noire et dit : « comment ce shaykh peut-il prétendre nous vendre aux enchères alors que nous sommes les maîtres du pays ! Par Dieu, je vais le frapper de mon sabre. » Il se rendit donc à cheval, sabre à la main, chez al-ʿIzz b. ʿAbd al-Salam. Arrivé à destination, il frappa violemment la porte de la maison du shaykh qui sortit. Lorsque ce dernier regarda l’émir, la main de celui-ci trembla et le sabre tomba à terre. L’émir se mit à terre, pleura et demanda au shaykh de prier pour lui et ce qu’il allait faire (des émirs). Imperturbable, al-ʿIzz b. ʿAbd al-Salam lui répondit avec simplicité : « je vais vous mettre aux enchères et je vais vous vendre. » Chose fut faite; il mit aux enchères les émirs qui furent vendus un par un à un bon prix puis dépensa la somme récoltée dans des œuvres de bien. La plume est plus forte que l’épée…

ʿIzz al-Dīn ʿAbd al-ʿAzīz b. ʿAbd al-Salām (m. 660/1261), le sultan des savants (partie 1)ʿIzz al-Dīn ʿAbd al-ʿAzīz b. ʿ...
01/05/2020

ʿIzz al-Dīn ʿAbd al-ʿAzīz b. ʿAbd al-Salām (m. 660/1261), le sultan des savants (partie 1)

ʿIzz al-Dīn ʿAbd al-ʿAzīz b. ʿAbd al-Salām, plus connu sous le nom d’al-ʿIzz b. ʿAbd al-Salām, est, à ne point en douter, l'un des plus grands savants religieux musulmans du XIIIe siècle et de la civilisation arabo-musulmane de manière générale. Son érudition, sa piété, sa droiture et son ascétisme furent tels que plusieurs titres honorifiques lui furent attribués comme celui de shaykh al-Islām, sulṭān al-ʿulamā’ (le sultan des savants) ou encore bā’iʿ al-mulūk (le vendeur de rois), ce dernier à cause de son franc-parler à l’égard des souverains et de ses critiques vis-à-vis de leurs décisions lorsqu’il les considérait non conformes à la religion. Né à Damas en 577/1181, ʿAbd al-ʿAzīz b. ʿAbd al-Salām étudia dans sa ville natale depuis son plus jeune auprès des grands shuyūkh de son époque à l’instar d’Ibn ʿAsākir. Il atteignit un tel niveau d’excellence dans toutes les différentes sciences religieuses qu’on le considéra assez vite comme un mujtahid. Les savants désignés par ce vocable sont assez rares dans l’historiographie musulmane au vu de la possession des compétences exceptionnelles que cela impliquait ; de par l’étendue de ses connaissances et sa capacité de réflexion, le savant mujtahid peut faire un effort d’interprétation personnelle (ijtihād) de plusieurs textes divergents et en élaborer des principes de fiqh (jurisprudence) sans toutefois se rattacher à l’un des madhāhib (écoles juridiques) reconnus. ʿAbd al-ʿAzīz b. ʿAbd al-Salām enseigna à Damas et fut en charge du prêche à la mosquée des Omeyyades jusqu’à en être écarté et assigné à résidence à cause de fausses accusations sur sa croyance portées par un groupe de hanbalites et le sultan ayyoubide al-Malik al-Ashraf qui tentèrent de le présenter comme hérétique afin de le faire exécuter. Son nom commença à circuler sur toutes les lèvres lorsqu’en 638/1240 il s’opposa et dénonça les faveurs octroyées par al-Mālik Ṣāliḥ ʿImād al-Dīn Ismāʿīl aux Francs dans le cadre d’une alliance contre l’ayyoubide al-Ṣāliḥ Ayyūb du Caire. En échange de leur soutien al-Mālik Ṣāliḥ Ismāʿīl avait autorisé la vente d’armes aux Francs, vente contre laquelle ʿAbd al-ʿAzīz b. ʿAbd al-Salām émit une fatwa la déclarant illicite car les armes vendues aux Francs sont destinées à combattre d’autres musulmans. À la suite de la soumission par Ṣāliḥ Ismāʿīl de plusieurs forteresses aux Francs, parmi lesquelles celle de Ṣafad et de Shaqīf, toujours dans le cadre de l’alliance contre al-Ṣāliḥ Ayyūb, ʿAbd al-ʿAzīz b. ʿAbd al-Salām employa une arme aussi puissante que la fatwa et dont seuls les oulémas sont détenteurs : le sermon du vendredi. ʿIzz al-Dīn ne mentionna pas le nom du sultan Ṣāliḥ Ismāʿīl à la fin du sermon comme le veut la tradition et récita une invocation implorant Dieu de guider les musulmans et de l’éloigner contre ses interdits, propos faisant référence de toute évidence aux agissements du sultan ayyoubide de Damas avec les Francs infidèles. Par la suite, ʿAbd al-ʿAzīz b. ʿAbd al-Salām fut interdit de prêcher et emprisonné avant d’être expulsé avec le shaykh malékite Abū ʿAmr b. al-Ḥājib qui avait approuvé ses propos. Ce dernier parti chez al-Nāṣir Dāwūd de Karak qu’il l’accueillit chaleureusement tandis qu’al-ʿIzz b. ʿAbd al-Salām prit la direction du sultanat d’Égypte où al-Ṣāliḥ Ayyūb le nomma au poste de qāḍī al-quḍāt (cadi suprême). Il fut en outre en charge du prêche du vendredi à la mosquée de ʿAmr b. al-ʿĀṣ à Fustat. Plus t**d, il décida de se retirer et fut affecté à la madrasa al-Ṣālihiyya avec l’insistance du sultan al-Ṣāliḥ Najm al-Dīn Ayyūb. Érudit, al-ʿIzz b. ʿAbd al-Salām composa des ouvrages dans tous les domaines aussi bien sur les sciences du Coran et du hadith, les fondements du droit, la jurisprudence, le dogme que le taṣawwuf. Ferme et déterminé, il n’hésita pas à rappeler à l’ordre les émirs et les sultans lorsque cela était nécessaire faisant fi de leurs menaces de représailles. Ascète infatigable et homme de foi, il s’efforça de promouvoir le bien et la justice jusqu’à la fin de sa vie. Son prestige était tel que le hanbalite al-Yūnīnī (m. 1326), qui fut un contemporain d'al-ʿIzz, rapporte dans son Dhayl mirāt al-zamān qu’à sa mort, des prières funéraires furent célébrées dans les différentes contrées de l’Orient musulman.

Les Mamelouks seuls contre tousLa victoire de l'armée du sultan Quṭuẓ sur les troupes ilkhanides à ʿAyn Jālūt en ramaḍān...
29/04/2020

Les Mamelouks seuls contre tous

La victoire de l'armée du sultan Quṭuẓ sur les troupes ilkhanides à ʿAyn Jālūt en ramaḍān 658/septembre 1260 allait ouvrir une période de conflit entre le sultanat mamelouk et l’Ilkhanat qui allait durer pendant plus de soixante ans. Dernier bastion musulman du Proche-Orient, le sultanat mamelouk allait devoir combattre, seul, plusieurs ennemis sur différents fronts : les Mongols à l’est ; les Arméniens, alliés des Mongols, au nord ; les Francs sur le littoral syrien ; les Nubiens au sud. En un peu plus d’un demi-siècle, les Mamelouks réussirent à repousser les tentatives d’invasions des Ilkhanides, à mettre hors d’état de nuire le royaume d’Arménie avant de le conquérir, à expulser définitivement les Francs du Sham et à soumettre le royaume chrétien de Nubie avant de le faire disparaître. Après la dernière tentative d’invasion ilkhanide de la Syrie de rajab-ramaḍān 712/novembre 1312 – janvier 1313, tentative qui se solda par un échec, le sultanat ne fut plus jamais menacé de l’extérieur. Il faudra attendre le début du VIIIe/XVe siècle pour que l’attaque de Tamerlan sur la Syrie mette à mal la sécurité et la légitimité du sultanat mamelouk pour un temps. Importés pour la plupart des lointaines contrées des steppes eurasiatiques et d’origine servile, les Mamelouks réussirent à faire de leur sultanat le seul pouvoir politique musulman au Proche et Moyen-Orient capable de défendre les territoires de l’Islam et les musulmans de diverses menaces extérieures entre le XIIIe et le XIVe siècle. Pour certains auteurs d’époque, les Mamelouks bénéficièrent du secours divin ce qui explique leurs exploits. Dans son Kitāb al-ʿIbar (le Livre des exemples) Ibn Khaldūn dit que Dieu a choisi les Mamelouks turcs pour porter l’étendard de l’Islam et défendre les musulmans :
«[...] فكان من لطف الله سبحانه أن تدارك الإيمان بأحياء رمقه وتلافي شمل المسلمين بالديار المصرية بحفظ نظامه وحماية سياجه بأن بعث لهم هذه الطائفة التركية [...].»

« […] parmi les largesses de Dieu – glorifié soit-Il -, le fait qu’il a réparé la foi (l’islam) par la revivification [au moment] de son dernier souffle et qu’il a préservé le regroupement des musulmans des contrées d’’Égypte en préservant son régime, protégeant ses frontières en leur envoyant ce groupe de Turcs […]. »

Le célèbre théologien hanbalite de Damas Ibn Taymiyya (m. 728/1328) - qui prit part à plusieurs reprises à des expéditions aux côtés de l’armée mamelouke -, affirme dans sa fatwa contre les Mongols que le sultanat est le plus à même à être considéré comme faisant partie d’al-ṭā’ifa al-manṣūra (le groupe secouru par Dieu) expression mentionnée dans plusieurs hadiths :
«أما الطائفة بالشام ومصر ونحوهما، فهم في هذا الوقت المقاتلون عن دين الإسلام، وهم من أحق الناس دخولًا في الطائفة المنصورة التي ذكرها النبيّ بقوله في الأحاديث الصحيحة المستفيضة عنه : لا تزال طائفة من أمتي ظاهرين على الحق، لا يضرهم من خالفهم، ولا من خذلهم، حتى تقوم الساعة.»

« Quant au groupe présent en Syrie, en Égypte et dans leurs environs, ils sont en ce moment les combattants de l’Islam et sont parmi les gens les plus à même à faire partie de la ṭā’ifa al-manṣūra que le Prophète a mentionné et comme cela est rapporté dans les hadiths authentiques connus et répandus : "Il ne cessera d’avoir un groupe de ma communauté qui sera apparent sur la vérité [et victorieux], ceux qui s’opposeront à eux ne pourront pas leur nuire jusqu’à ce que vienne l’ordre d'Allah". »

Le témoignage de ces deux grands érudits d’époque mamelouke, parmi d'autres, donne une idée à quel point la période du sultanat mamelouk a représenté pour les musulmans celle d’un renouveau pour l’Islam.

"Wa Islamah"En 1961 sortait dans les salles de cinéma le film égyptien « Wa Islamah » (le célèbre cri que Quṭuẓ poussa p...
07/04/2020

"Wa Islamah"

En 1961 sortait dans les salles de cinéma le film égyptien « Wa Islamah » (le célèbre cri que Quṭuẓ poussa pendant la bataille de ʿAyn Jālūt), produit par Enrico Bomba et Andrew Marton, retraçant l’histoire des invasions mongoles, de l’épopée de Quṭuẓ et de la bataille de ʿAyn Jālūt. Cette adaptation cinématographique montre à bien des égards l’importance et la place de Quṭuz et de la victoire de ʿAyn Jālūt dans l’histoire et la mémoire collective du monde musulman.

Quṭuẓ, héros méconnu de l'histoire du monde musulman médiévalLa victoire de ʿAyn Jālūt fit entrer Quṭuẓ dans l’Histoire ...
05/04/2020

Quṭuẓ, héros méconnu de l'histoire du monde musulman médiéval

La victoire de ʿAyn Jālūt fit entrer Quṭuẓ dans l’Histoire ainsi que dans le panthéon des personnages les plus importants de la civilisation musulmane. Bien que d’origine servile, n’ayant gouverné que onze mois et étant méconnu par rapport à d’autres chefs politiques musulmans de l’époque médiéval tels que Saladin, Quṭuẓ est le premier à avoir réussi à repousser le danger mortel que représentaient les invasions mongoles pour le monde musulman. Plusieurs savants de l’époque (13ème-14ème siècle), à l’instar d’Ibn Taymiyya, affirment que l’Islam et le monde musulman étaient menacés de disparaître. Les vers de Baybars al-Manṣūrī, émir mamelouk et historien mort au début de 14ème siècle, en l’honneur de Quṭuz montre l’importance du personnage qui laissa, avec la victoire de ʿAyn Jālūt, une marque indélébile dans l’Histoire :

«هلك الكفر في الشآم جميعًا واستجد الإسلام بعد دحوضه
بالمليك المظفر البطل الأر وع سيف الإله عند نهوضه
ملك جاءنا بعزم وحزم فاعتززنا بسمره وببيضه
أوجب الله شكر ذاك علينا دائمًا مثل واجبات فروضه»

« La mécréance a péri dans toute la Syrie et l’Islam s’est renouvelé, après avoir décliné
Par al-Malik al-Muẓaffar, le héros pieux, épée de Dieu, lors de son réveil
Un souverain est venu à nous résolu, déterminé et nous avons été fiers de son armée de (combattants) bruns et blancs
Dieu nous a rendu obligatoire le fait de toujours te remercier à l’instar de ses prescriptions [religieuses] qui sont obligatoires »

Quṭuẓ, le sultan mujāhid par excellence (partie 2)Al-Maqrīzī (m. 1442) rapporte que lorsque l’armée mamelouke quitta Gaz...
05/04/2020

Quṭuẓ, le sultan mujāhid par excellence (partie 2)

Al-Maqrīzī (m. 1442) rapporte que lorsque l’armée mamelouke quitta Gaza, elle emprunta la route du littoral, passant par Acre, territoire appartenant aux Francs, où elle fit une halte. Avant de repartir, Quṭuz fit bien comprendre aux Francs d’Acre que s’il voyait un seul d’entre eux attaquer son armée, il n’hésiterait pas à faire demi-tour pour les combattre avant d’aller guerroyer contre les Mongols. Toujours selon al-Maqrīzī, avant la bataille, Quṭuz incita ses émirs, au cours d’une assemblée, à combattre les Mongols rappelant leurs méfaits et exactions commis dans tous les territoires musulmans qu’ils conquirent. Il les mit en garde contre le châtiment divin pour quiconque fuirait et leur demanda de combattre pour la victoire de l’Islam. Émus par le discours du sultan, les émirs pleurèrent et jurèrent de combattre les Mongols et de délivrer la Syrie.
Ibn Aybak al-Dawādārī rapporte que le jour de la bataille, le jeune mongol qui avait accompagné les messagers de Hülegü et qui avait été par la suite incorporé dans le corps des mamelouks de Quṭuz, tenta de tuer le sultan en lui décochant une flèche qui, par miracle, atteignit seulement son cheval qui s’écroula. Des émirs et des combattants bondirent sur le jeune Mongol et le tuèrent sur le champ. L’émir Fakhr al-Dīn Māmā proposa son cheval à Quṭuz qui refusa. La bataille était à son paroxysme et certains lui firent remarquer que s’il lui arrivait quelque malheur s’en était fini de l’Islam, propos auxquels Quṭuz rétorqua :

«أما أنا فكنت أروح الجنة، وأما الإسلام فما كان الله ليضيعه، فقد مات السلطان الملك الصالح رحمه الله، وقتل ابنه المعظم، والأمير فخر الدين بن الشيخ مقدم العساكر، وبعد ذا نصر الله الإسلام وحده بغير ملك بعد اليأس.»

« Quant à moi, [si je meurs], je vais au Paradis, quant à l’Islam Dieu ne le fera pas disparaître ; le sultan al-Malik al-Ṣāliḥ est mort – que Dieu lui fasse miséricorde -, son fils al-Muʿaẓẓam s’est fait tuer tout comme Fakhr al-Dīn b. al-Shaykh, chef des armées, et malgré cela Dieu a fait triompher l’Islam, seul, sans roi et après le désespoir. »

Autre séquence symbolique, la charge victorieuse de Quṭuz. Alors que les Mongols chargeaient l’armée mamelouke et que l’une de ses ailes était en difficulté et semblait presque céder, Quṭuz, dans un dernier élan d’espoir, enleva son casque, le jeta et mena une charge en poussant un cri qui allait devenir célèbre: "wa islāmāh" ("Oh Islam!). Après la fuite des Mongols mis en déroute, Quṭuẓ accomplit deux unités de prière (rakʿatayn), remerciant ainsi Dieu de lui avoir octroyé une victoire décisive à un moment si crucial. Les Mongols vaincus et chassés de Syrie, la région fut intégrée au sultanat mamelouk. Quṭuẓ était devenu un héros, un héros qui connu néanmoins une fin tragique puisque quelques semaines après son triomphe, il sera assassiné par d’autres émirs au cours d’une partie de chasse.

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